Fig. 78.—Cathédrale d’Alençon.—Façade occidentale (XVᵉ siècle).

d’expansion dès la fin du XIIᵉ siècle et pendant le XIIIᵉ, non seulement dans toute l’Europe occidentale, mais encore en Orient par des monuments qui présentent un intérêt considérable, car ils ont été créés par des moines-architectes venus de France à la suite des premiers croisés. Dès la fin du XIIᵉ siècle, des édifices célèbres de

Fig. 79.—Cathédrale de Sainte-Sophie, à Nicosie.—Façade.

(Ile de Chypre.)

la terre sainte, modifiés ou agrandis, portent les traces de leur influence, qui s’affirme par les monuments qui s’élevèrent à Chypre et à Rhodes du XIIIᵉ au XVᵉ siècle, selon les méthodes occidentales et particulièrement françaises.

«On ne saurait contester que le séjour prolongé des croisés dans le Levant, les enseignements de leurs architectes, la vue de leurs monuments aient contribué au développement de l’art arabe. Il y a eu réaction de l’Occident sur l’Orient; quelquefois même l’imitation est si directe qu’elle jette le trouble dans l’esprit de l’observateur... Pour bien comprendre le rôle des croisés en Orient, pour en saisir le caractère indépendant et occidental, il faut, par un rapide coup d’œil jeté sur les monuments construits par eux à Chypre et à Rhodes après leur expulsion de la Syrie, voir le mouvement commencé au XIIᵉ siècle se continuer dans les siècles suivants sans interruption et en conservant le même caractère, c’est-à-dire en se laissant toujours guider par la France[28]

«L’île de Chypre, conquise en 1191 par Richard Cœur-de-Lion, fut cédée l’année suivante à Guy de Lusignan et resta dans la maison de ce prince jusqu’à la fin du XVᵉ siècle. Catherine Cornaro, veuve du dernier Lusignan, la donna en 1489 à la république de Venise, qui la conserva jusqu’à la conquête des Turcs en 1571. Pendant tout le XIIIᵉ siècle, elle recueillit successivement les débris des colonies chrétiennes de la Syrie. Au XIVᵉ siècle, la puissance française atteignit son apogée. Les monuments religieux élevés pendant cette période sont fort nombreux et de formes très variées. L’art était sorti du cloître et avait cessé d’être le monopole exclusif des corporations monastiques. Aussi l’on ne trouve plus dans les églises de Chypre cette uniformité scolastique qui caractérise les églises latines de la terre sainte. L’architecture romane, vivifiée par les efforts des architectes séculiers, est entrée dans une nouvelle voie, à Chypre comme en France... Les architectes appliquent les procédés du XIIIᵉ siècle avec toutes leurs conséquences; le sacrifice qu’ils font aux nécessités locales est la suppression des combles en charpente; ils les remplacent

Fig. 80.—Cathédrale de Saint-Nicolas, à Famagouste.—Façade.