L’ordre de Cîteaux fut constitué en 1119, et saint Robert imposa à ses moines la règle de saint Benoît dans toute sa sévérité et, pour marquer par des signes extérieurs sa séparation avec les fils de saint Benoît, qu’il trouvait dégénérés, il donna à ses religieux cisterciens la robe brune afin de les distinguer des bénédictins qui étaient vêtus de noir. Après avoir déterminé les obligations religieuses de ses moines, il indique, par des constructions minutieuses, la disposition des bâtiments. La principale condition était que l’emplacement des monastères devait être choisi assez étendu et de telle façon que les religieux pussent trouver dans l’enceinte de l’abbaye même tout le nécessaire, afin d’éviter toute cause de dissipation par les communications avec l’extérieur. Le monastère, établi autant que possible sur un cours d’eau, devait contenir, indépendamment des bâtiments claustraux, de l’église et du logement de l’abbé, qui était en dehors de l’enceinte régulière, un moulin, un four, des ateliers pour les divers métiers fabriquant les choses indispensables à la vie, ainsi que des jardins pour l’utilité et l’agrément des moines.

L’abbaye de Clairvaux était en son temps l’expression des réformes dont saint Bernard, précédé de saint Robert, a été l’apôtre. Les dispositions générales et les détails des différents services étaient à peu près identiques à ceux de Cîteaux, de même que celle-ci procédait de Cluny, mais en tenant compte de la sévérité apportée dans l’observance de la règle bénédictine proscrivant tout ce qui n’était pas absolument nécessaire à la vie matérielle et plus sévèrement appliquée, surtout en ce qui concerne la claustration complète des religieux, dans le but d’augmenter leur perfection morale.

Ce résultat est certainement intéressant au point de vue de la restauration religieuse; cependant, il faut peut-être regretter que le grand mouvement d’art, l’élan intellectuel donné par les grands seigneurs bénédictins de Cluny, n’ait pas été suivi dans le même esprit par les réformateurs rigoristes de Cîteaux qui ont ramené l’art par excellence, c’est-à-dire l’architecture, à un rationalisme réfrigérant, qu’ils ont appliqué sévèrement dans les monastères réformés.

Les travaux des cisterciens n’en sont pas moins des sujets d’études utiles.

Il ne reste de ces monuments, Cîteaux et Clairvaux, que de rares vestiges noyés dans les bâtiments modernes, reconstruits pour la plupart au siècle dernier, vestiges lapidaires moins nombreux que les documents historiques et archéologiques qui ont guidé Viollet-le-Duc par l’étude qu’il a faite dans son dictionnaire—t. Iᵉʳ, p. 263 à 271—des célèbres abbayes cisterciennes, dont il montre une reconstitution graphique qu’il n’est pas possible de présenter plus clairement.

CHAPITRE III
ABBAYES ET CHARTREUSES.

Au XIᵉ siècle, il existait dans toute l’Europe occidentale un grand nombre de monastères créés par les moines de divers ordres, et qui étaient nés des grandes écoles monastiques de Lérins, d’Irlande et du Mont-Cassin. Parmi les abbayes célèbres de cette époque, on peut remarquer, «après Vézelay et Fécamp, anciens couvents de femmes transformés en abbayes d’hommes; Saint-Nicaise, à Reims; Nogent-sous-Coucy, en Picardie; Anchin et Annouain, en Artois; Saint-Étienne de Caen, Saint-Pierre-sur-Dives, le Bec, Conches, Cerisy-la-Forêt[60] et Lessay en Normandie; la Trinité de Vendôme; Beaulieu, près de Loches; Montierneuf à Poitiers[61], etc., etc.»

Les abbayes de Fulde (Hesse) et de Corvey (Westphalie), celle-ci fondée par des moines bénédictins venus de l’abbaye de Corbie, en Picardie, étaient devenues en leur temps les principaux foyers de lumière en Allemagne.

En Angleterre, l’abbaye de Saint-Alban (Hertfordshire) fut élevée en 1077 par un disciple de Lanfranc, l’illustre abbé de la célèbre abbaye du Bec en Normandie. Plus tard, un grand nombre de monastères se fondèrent sous la règle de divers ordres et particulièrement celui des bénédictins: à Croyland, à Malmesbury, à Saint-Edmund, à Péterborough, à Salisbury, à Wimborm, à Wearmouth, à Westminster, etc., sans parler des autres abbayes ou prieurés qui existaient en Irlande dès le VIᵉ siècle.

L’abbaye mère de Clairvaux donna naissance à quatre filles: Clairvaux, Pontigny, Morimond et la Ferté.