Clairvaux prit une extension considérable dès les premières années du XIIᵉ siècle, par la réputation de son abbé, saint Bernard, la personnification la plus brillante du moine au XIIᵉ siècle. Son influence fut immense, non seulement comme moine réformateur ou abbé fondateur de l’ordre cistercien, mais encore comme homme politique servi par des circonstances les plus heureuses, pour sa gloire tout au moins.
Saint Bernard prit part aux grandes querelles théologiques du XIIᵉ siècle en assistant au concile de Sens, en 1140, et en réduisant au silence Abailard, le célèbre défenseur du libre arbitre, et les autres philosophes qui apparurent, à cette époque lointaine, comme les précurseurs de la Réformation
Fig. 136.—Abbaye de Saint-Étienne à Caen.—Façade.
du XVIᵉ siècle. Il eut un rôle prépondérant un peu plus tard en prêchant la seconde et malheureuse croisade, sous Louis le Jeune, et en 1147, quelques années avant sa mort, 1153, il se trouva mêlé à la question des Manichéens, en combattant cette hérésie qui agitait alors les esprits et préparait la séparation qui
Fig. 137.—Abbaye de Saint-Alban (Angleterre).
amena plus tard la terrible guerre dite des Albigeois, et qui ensanglanta le midi de la France dans les premières années du XIIIᵉ siècle.
La gloire monastique de saint Bernard s’établit non seulement à Clairvaux par la règle sévère et réformatrice qu’il imposa aux moines transfuges de Solesmes ou de Cluny, mais encore par le succès des colonies cisterciennes qu’il fonda, au nombre de soixante-douze d’après ses historiens, en Italie, en Espagne, en Suède et en Danemark.
De son temps, le pauvre ermitage de la Vallée d’absinthe, à laquelle il avait donné lui-même, en 1114, le