La figure 155 nous montre la galerie dite de l’Aquilon, une des salles superposées formant, au nord de l’église, une partie des bâtiments claustraux construits au XIIᵉ siècle par l’abbé Roger II, le onzième abbé du Mont (1106-1122).
Après l’incendie de 1203, lorsque l’abbaye fut devenue vassale du domaine royal, son abbé, Jourdain, et ses successeurs la reconstruisirent presque entièrement, sauf l’église.
En raison de la situation et ne pouvant suivre à la lettre les usages adoptés par les bénédictins pour la construction des bâtiments reliés de plain-pied à l’église abbatiale, ils établirent les Lieux réguliers, en les superposant, dans les magnifiques bâtiments qu’ils élevèrent au nord de l’église et qui, dès leur origine, furent appelés la Merveille.
Cette immense construction peut passer à juste titre pour le plus bel exemple de l’architecture religieuse et militaire au plus beau temps du moyen âge.
La Merveille se compose de trois étages, dont deux sont voûtés. L’étage inférieur comprend l’aumônerie et le cellier; l’étage intermédiaire le réfectoire et la salle des chevaliers; et l’étage supérieur le dortoir et le cloître. Il faut remarquer qu’elle est formée de deux bâtiments juxtaposés et réunis, orientés de l’est à l’ouest et contenant en hauteur: celui de l’est, l’aumônerie,
Fig. 157.—Abbaye du Mont-Saint-Michel. L’aumônerie.—Vue perspective prise de l’est à l’ouest (au fond le cellier).
le réfectoire et le dortoir; celui de l’ouest, le cellier, la salle des chevaliers et le cloître[68].
Ces superbes bâtiments, construits entièrement en granit, furent élevés d’un jet hardi, sur un plan savamment, puissamment conçu sous l’inspiration de l’abbé