Fig. 161.—Abbaye du Mont-Saint-Michel.—Salle du chapitre dite des chevaliers.

à leurs travaux. Une partie de ces matériaux, fort peu importante du reste, était extraite de la base du rocher même; mais si la traversée de la grève était évitée, il existait néanmoins de grands obstacles pour les mettre en œuvre, après les avoir montés au pied de la Merveille dont la base est à plus de cinquante mètres au-dessus du niveau moyen de la mer. Bien que des différences se remarquent dans la forme des contreforts extérieurs, différences résultant des dispositions intérieures des salles, il n’en est pas moins certain que les deux bâtiments composant la Merveille ont été combinés et construits en même temps. Il suffit, pour être convaincu, d’étudier par les plans, les coupes et les façades, leurs dispositions générales, surtout l’arrangement particulier de l’escalier ménagé dans l’épaisseur du contrefort, au point de jonction de ces deux bâtiments et couronné par une tourelle octogone; cet escalier prend naissance dans l’aumônerie, dessert la salle des chevaliers à l’ouest et aboutit au dortoir, à l’est, puis au crénelage au-dessus au nord.

Les façades est et nord de la Merveille sont d’une mâle beauté, en raison de leur extrême simplicité; elles présentent l’image de la force et de la grandeur. Leur aspect, particulièrement du côté de la pleine mer, au nord, est des plus imposants. Ces immenses murailles, construites en granit, ainsi que tous les bâtiments de l’abbaye,—à l’exception de la galerie intérieure du cloître,—sont percées de fenêtres de formes diverses selon les salles qu’elles éclairent; celles du dortoir sont remarquables. Elles sont longues et étroites, affectant la forme de meurtrières ébrasées largement à l’extérieur; leurs couronnements semblent être, par leur forme particulière, en nids d’abeilles, une réminiscence de l’art arabe entrevu par les croisés français pendant leurs expéditions en Palestine. Les façades sont renforcées extérieurement au droit des poussées des voûtes intérieures par de puissants contreforts qui ajoutent encore à l’effet général par la vigueur de leurs reliefs.

Indépendamment de ses formidables façades qui

Fig. 162.—Mont-Saint-Michel en Cornouailles (Angleterre).

peuvent être considérées comme de véritables fortifications, la Merveille était défendue au nord par une muraille crénelée, flanquée d’une tour qui servait de place d’armes aux chemins de ronde se reliant aux soubassements des ouvrages de l’ouest.

Au milieu, à la hauteur de l’angle nord-ouest de la Merveille, un petit châtelet, aujourd’hui détruit, défendait le passage du Degré, fort roide, fermé de murs crénelés, descendant à la fontaine Saint-Aubert[69].

Les divers bâtiments de l’abbaye furent élevés successivement au XIVᵉ siècle par la construction, après la Merveille, du logis abbatial avec ses dépendances au sud et de divers ouvrages complétant, à cette époque, les défenses de l’abbaye, qui furent reliées au XIVᵉ siècle, puis au XVᵉ siècle, aux murailles de la ville même, ainsi que nous le verrons dans la troisième partie: l’Architecture militaire.

TROISIÈME PARTIE
L’ARCHITECTURE MILITAIRE