la double enceinte construite à l’exemple des forteresses syriennes.
La cité de Carcassonne est assise sur un plateau dominant la vallée de l’Aude et sur lequel les Romains avaient établi un castellum. Possédée au VIᵉ siècle par les Visigoths, qui en firent une place importante, elle s’agrandit considérablement aux Xᵉ, XIᵉ et XIIᵉ siècles; mais du temps de Siméon de Montfort, en 1209, ou de Raymon de Trancavel en 1240, son enceinte n’était pas aussi considérable qu’elle le devint sous saint Louis. Dès le milieu du XIIIᵉ siècle, ce monarque commença de grands travaux de défense et fit élever l’enceinte extérieure qui existe encore, suivant le plan emprunté à la Cité de Carcassonne par Viollet-le-Duc.
Cette enceinte avait surtout pour but de mettre
Fig. 169.—Enceinte d’Aigues-Mortes.—Faces est et sud des remparts.
la place à l’abri d’un coup de main, en permettant d’agrandir ou de compléter les défenses du corps même de la place. Les travaux entrepris par saint Louis, et continués par Philippe le Hardi, firent de Carcassonne une forteresse qui était considérée comme imprenable. «Le fait est qu’elle ne fut point attaquée et n’ouvrit ses portes au prince Noir, Édouard, en 1355, que lorsque tout le Languedoc se fut soumis à ce prince[75].»
A Aigues-Mortes, l’influence orientale est tout aussi manifeste qu’à Carcassonne, car le Génois Guillaume Boccanera, qui construisit l’enceinte, connaissait évidemment le système de fortification adopté par les
Fig. 170.—Enceinte d’Avignon.—Courtines, tours et mâchicoulis.
croisés en Syrie. La particularité des échauguettes, qui n’apparaissent en Languedoc, dans les murailles d’Aigues-Mortes, que sous Philippe le Hardi, prouve cette filiation. On voit déjà dans cette place les effets du mode italien par la forme des tours carrées flanquant l’enceinte. En France, les architectes avaient adopté la tour ronde, parce qu’elle présentait plus de solidité et qu’elle était moins attaquable par la sape des mineurs, la circonférence pouvant être battue par les défenseurs placés sur les courtines adjacentes, tandis que les angles de la tour carrée masquaient le mineur attaquant sa face extérieure.