L’enceinte d’Avignon, élevée au XIVᵉ siècle, paraît avoir été construite selon les méthodes italiennes; elle est flanquée de tours carrées, ouvertes du côté de la ville, munies d’un crénelage fixe porté sur des consoles en pierre ménageant entre elles des mâchicoulis destinés à battre la base des murailles.

Fig. 170 bis.—Hourds en bois et en pierre.

Au XIIIᵉ siècle, les murailles et les tours étaient munies de hourds, c’est-à-dire d’un échafaud mobile en bois A, établi en temps de guerre sur des poutres, engagées dans les vides ménagés dans la muraille, et placées en saillies pour recevoir une galerie surplombant le parement des murs, afin de pouvoir défendre la base des remparts par des vides ou des trappes: des mâchicoulis ouverts dans le plancher de la galerie. Mais cette galerie étant facilement incendiée par l’assaillant, on construisit au XIVᵉ siècle des mâchicoulis en pierre B, formés par des consoles en pierre supportant le parapet crénelé et laissant entre son parement intérieur et le parement extérieur de la muraille un vide par lequel on pouvait défendre la base du rempart. Cette disposition, dont les tours carrées d’Avignon présentent un des premiers exemples, fut adoptée par les architectes, qui l’appliquèrent dès lors dans la construction des murs d’enceinte des villes.

«L’art de la fortification, qui avait fait un grand pas au commencement du XIIIᵉ siècle et qui était resté

Fig. 171.—Remparts de Saint-Malo (XVᵉ siècle).

stationnaire pendant le cours de ce siècle, fit de nouveaux progrès en France pendant les guerres de 1330 à 1440. Quand Charles VII eut ramené l’ordre dans le royaume et repris un nombre considérable de places aux Anglais, il fit réparer ou reconstruire toutes les défenses des villes ou châteaux reconquis, et, dans ces nouvelles défenses, il est facile de reconnaître une méthode, une régularité, qui indiquent un art avancé et basé sur des règles fixes[76]

L’abbaye du Mont-Saint-Michel résume de la façon la plus intéressante les modifications apportées successivement dans la construction des enceintes fortifiées du XIIIᵉ au XVᵉ siècle.

Des fortifications du XIVᵉ siècle, entourant l’ancienne ville au sommet du rocher, et reliant les remparts aux défenses de la Merveille au nord et à celles des bâtiments abbatiaux au sud, il reste encore quelques vestiges, ainsi que la tour du nord tout entière. Les murailles étaient couronnées de mâchicoulis en pierre, selon le système, nouveau alors, qui consistait à installer toute la défense au sommet des remparts. La porte de l’enceinte était au sud-est, suivant les indications fournies par les miniatures du Livre d’heures de Pierre II, duc de Bretagne, qui donnent l’emplacement de la première enceinte à la fin du XIVᵉ siècle.