A l’époque où Robert Jolivet éleva la nouvelle enceinte, de 1415 à 1420 environ, la ville s’était agrandie vers le sud, et, indépendamment de la nécessité de la défendre contre les Anglais retranchés à Tombelaine, il était indispensable d’opposer à l’attaque un front de défense beaucoup plus développé que celui du rempart du XIVᵉ siècle. Robert Jolivet vint souder ses nouvelles murailles à l’est sur celles qui devaient être élevées pendant le siècle précédent, et qui descendent des escarpements du rocher, défendues par la tour du Nord, jusque sur la grève. Il flanqua ses murs, d’abord, d’une tour formant un saillant considérable destiné à battre les courtines adjacentes et à défendre le front de l’ouvrage; puis il continua les murs au sud, en les renforçant de cinq autres tours. La dernière, dite tour du Roi, constitue le saillant sud-ouest de la place et défend en même temps la porte de la ville à l’ouest.

Les murailles et leurs bases en glacis sont défendues par des mâchicoulis fixes, en pierre, placés au sommet, et dont les consoles supportent des parapets découverts et crénelés; plusieurs tours étaient couvertes et servaient de place d’armes pour les défenseurs des remparts. A partir de la tour du Roi, les murailles se retournent à angle droit, se relient par des degrés, des chemins de ronde crénelés, commandés par un corps de garde, aux rampes abruptes du rocher inaccessible, dont les crêtes sont pourtant fortifiées et communiquent avec les défenses de l’abbaye au sud.

Dans les premières années du XVᵉ siècle, et surtout vers la fin du même siècle, l’artillerie à feu, qui commençait à être employée avec succès dans les sièges, avait fait de si rapides progrès que les conditions de l’attaque, et par conséquent celles de la défense, furent complètement changées. Les tours devinrent des bastillons, ou bastions, dont la partie supérieure, terrassée, était transformée en batterie, dont les épaulements remplaçaient les crénelages; les mâchicoulis, qui n’étaient plus qu’une décoration traditionnelle, disparurent, et l’art militaire, de progrès en progrès, remplaça l’architecture, dont le concours était désormais inutile.

CHAPITRE II
CHATEAUX ET DONJONS.

Les premiers châteaux semblent avoir eu pour but, au moyen âge, de s’opposer aux invasions et de servir de refuges aux populations décimées par les incursions des Normands. Ils ne se composaient alors que d’un retranchement plus ou moins étendu. Entouré d’un fossé formé par des terrassements dont l’escarpement était entouré de palissades, il rappelait le camp romain, au milieu duquel, à l’exemple du prætorium, s’élevait la motte, élévation conique formée par la nature

Fig. 174.—Château d’Angers.

ou par l’amoncellement des terres; la motte était couronnée par un bâtiment construit le plus souvent en bois, qui servait de poste d’observation ou de réduit moins accessible que l’enceinte même du château.

Il est permis de voir, dans ces dispositions rudimentaires, l’origine des châteaux et des donjons féodaux, qui ont eu une importance si considérable pendant le moyen âge, et principalement pendant la période dite gothique.

Ces ouvrages défensifs avaient été créés sur divers points du domaine royal exposés aux incursions dévastatrices des pirates scandinaves, afin d’assurer la sécurité publique; mais les concessions temporaires de l’empereur Charles le Chauve furent considérées comme définitives par ceux à qui il les avait faites. «Aussi, quand le faible empereur proclama, à Quierzy-sur-Oise, en 877, l’hérédité des fiefs, principale garantie de l’indépendance seigneuriale, il ne fit que sanctionner un fait accompli... Lorsque la féodalité se fut bien assise et que les seigneurs songèrent à maintenir leurs usurpations à la fois contre les rois de France, contre l’étranger et leurs propres voisins, ils choisirent à loisir les meilleures positions stratégiques de leurs domaines et s’appliquèrent à les fortifier d’une manière durable. Ils avaient de bonnes redevances et leurs serfs étaient corvéables à merci[79].» Alors s’élevèrent des châteaux de pierre, suivant les dispositions primitives. En 980, Frotaire en construisit cinq autour de Périgueux, sa ville épiscopale.