moins riche que ceux de Saint-Trophime et de Saint-Gilles, mais les caractères de l’architecture romane du XIIᵉ siècle sont peut-être plus franchement accusés. Il faut constater, toutefois, les réminiscences antiques très marquées par le galbe des colonnes, les profils, la sculpture et plus encore par l’attique qui surmonte le portail.
Cet attique est composé de pilastres alternant avec des colonnettes, les uns et les autres cannelés et compris entre deux corniches minces; celle du bas est soutenue par des modillons ou plutôt des corbeaux sculptés dont l’espacement est rempli par une frise en forme de métopes gravées. Ces membres d’architecture ont conservé l’aspect des mêmes motifs qu’on retrouve fréquemment sur les édifices romains bâtis en Provence vers les premiers siècles de notre ère.
Parmi les portes d’églises du XIIᵉ siècle les plus remarquables, il faut citer, d’après Viollet-le-Duc, celle de Moissac.
Cette porte s’ouvre latéralement sur le grand porche; elle est élevée sous un large berceau—presque en plein cintre—qui forme lui-même l’avant-porche et qui est richement décoré de sculptures en marbre gris. Son trumeau est formé de lions entrelacés, formant une ornementation dont le caractère asiatique est très fortement accusé; la sculpture est d’ailleurs d’une finesse et d’une netteté extraordinaires; le temps l’a ornée d’une admirable patine qui donne à cette singulière composition, si originale et si décorative, l’aspect d’un bronze antique.
Les pieds-droits se découpent en croissants sur le vide des baies et le linteau est décoré de belles rosaces admirablement fouillées. Dans le tympan est assise une grande figure couronnée représentant le Christ bénissant; de chaque côté sont les quatre symboles des évangélistes, accompagnés de deux anges de dimension colossale et des vingt-quatre vieillards de l’Apocalypse. Les voussures sont décorées d’ornements finement sculptés. Sur les pieds-droits du berceau et dans des arcatures latérales, des bas-reliefs en marbre, d’un style byzantin très marqué, représentent, à la droite du Christ, les vices punis, et à gauche: l’Annonciation, la Visitation, l’Adoration des mages et la Fuite en Égypte.
Les cloîtres des abbayes de Montmajour, près d’Arles, et de Saint-Paul-du-Mausolée, près de Saint-Rémi, sont moins ornés que le cloître de Saint-Trophime d’Arles; mais ils présentent avec celui-ci de grandes analogies par le mode de construction adopté par les architectes de ces édifices romans.
Les galeries des cloîtres de Montmajour et de Saint-Paul-du-Mausolée sont également couvertes par des voûtes en berceau, nervées par des arcs-doubleaux et retombant sur les murs latéraux; celui du côté de l’aitre du cloître est fort épais, et il est encore renforcé extérieurement par des contreforts au droit des arcs-doubleaux intérieurs. Ces contreforts sont reliés, extérieurement, par des arcs en segment dont le vide ou plus exactement la claire-voie est décorée d’arcatures reposant sur des colonnettes jumelles.
Le cloître de Montmajour est plus ancien que celui de Saint-Paul, qui paraît remonter aux premières années du XIIᵉ siècle; il a été construit avec plus d’art que celui-ci, les profils sont plus nets, les sculptures mieux composées et l’ensemble de la construction n’a pas la rusticité de Saint-Paul, qui semble avoir été une imitation grossière de Montmajour, comme ce dernier est une traduction simplifiée de Saint-Trophime.