FIG. 158.—ÉGLISE DE SAINT-FRONT, A PÉRIGUEUX.
(Coupe transversale du nord au sud.)
Saint-Front a été construit selon les principes de la construction syrienne, que les architectes de l’Aquitaine s’étaient assimilés et que leurs successeurs ont portés à un si haut degré de perfection, en procédant à l’édification du grandiose monument par assises réglées, en appareillant les arcs, les voûtes, les pendentifs, les coupoles, et en laissant partout la pierre apparente dans toute la beauté de sa mâle simplicité.
Ce n’est plus une agglomération de matériaux noyés dans des mortiers, très habilement disposés, cependant, pour la répartition des charges et des résistances, mais formant une sorte de concrétion moulée sur des cintres, puis décorée après coup comme l’église vénitienne.
L’église périgourdine est au contraire, une savante composition dont chaque partie a sa place marquée d’avance par un appareil normal à chaque membre d’architecture et dans laquelle les arcs, conservant leur force élastique, forment, par leur jonction combinée sur des points déterminés, un ensemble d’une solidité et d’une stabilité parfaites.
Saint-Front est un vaste champ qu’on ne saurait trop explorer au point de vue de l’étude de l’art de bâtir en Occident et particulièrement en France. C’est le berceau de l’architecture nationale, car, dans sa forme symbolique, la coupole de Saint-Front est l’œuf d’où est sorti un système architectonique qui a causé une révolution des plus fécondes dans le domaine de l’art.
Nous trouvons, en effet, à Saint-Front une des premières applications d’un système nouveau, né en Orient, mais perfectionné savamment en Occident; c’est un des principes des transformations nécessaires de l’architecture romane et l’une des causes les plus décisives des rapides progrès qu’elle fit dans toute l’Europe occidentale du XIᵉ au XIIᵉ siècle.
Les pendentifs des coupoles de Saint-Front, appareillés normalement à la courbe en passant du plan carré de la naissance des arcs au plan circulaire couronnant leurs clefs, sont les embryons de l’arc ogif ou croisée d’ogives, selon l’expression fort ancienne et qui était encore employée du temps de Philibert Delorme pour désigner les arcs diagonaux supportant les voûtes avec le concours des arcs-doubleaux.