Une des constitutions de la fin du Iᵉʳ siècle, attribuées à saint Clément, veut que le prêtre regarde l’orient pour accomplir la consécration. Cette prescription paraît avoir déterminé la situation de l’église telle qu’on la voit encore à Saint-Pierre du Vatican et à Saint-Jean-de-Latran, c’est-à-dire la façade tournée à l’est. Le prêtre célébrait derrière l’autel, regardant l’assistance, les hommes à sa droite, c’est-à-dire au midi, les femmes à sa gauche, c’est-à-dire au nord; aussi les bas côtés, droit et gauche, furent-ils déterminés par les épithètes australis et septentrionalis.

Au Vᵉ siècle, l’orientation contraire fut préférée. Les basiliques présentent leur façade à l’ouest pour se conformer à la règle qui voulait que le prêtre tournât le dos à l’assistance. Cela fit que la droite de l’église devint celle du prêtre, c’est-à-dire au midi. Mais, chose singulière, la droite et la gauche de l’autel restèrent comme auparavant, la droite au nord, la gauche au midi; car il a toujours été entendu que l’évangile se lisait à droite de l’autel et l’épître à gauche,—c’est-à-dire l’évangile paraissant à gauche pour l’assistant tourné vers l’autel.

De là s’est produite une confusion dans l’esprit de quelques auteurs qui, ne comprenant pas que l’attitude de l’église pût différer de celle de l’autel, ont mis la droite de l’église au nord. La même interversion eut lieu pour le placement des fidèles. La basilique de Saint-Apollinaire-le-Neuf, à Ravenne, édifice du VIᵉ siècle qui a sa façade à l’ouest, en fournit la preuve.

La décoration principale de ce bel édifice consiste en une frise immense où sont représentées en mosaïque les figures des saints et des saintes. Or les saintes, qui devaient être vues par les femmes, occupent le mur septentrional de l’église, tandis que le mur méridional est occupé par les saints. Donc les hommes étaient dans le bas côté nord, c’est-à-dire du côté de l’évangile, et les femmes dans le bas côté sud, c’est-à-dire du côté de l’épître. C’est par l’effet de la fausse interprétation, signalée dans le paragraphe précédent, que cet ordre fut changé dans les siècles suivants.

CHAPITRE VI

ABSIDE.—BASILIQUE A TROIS MEMBRES.—NEF ET BAS COTÉS.—FAÇADE.—BAPTISTÈRE.—TOUR-LANTERNE.—CLOCHER.—DÉPENDANCES EXTÉRIEURES DES BASILIQUES.

Dans les premiers temps de l’Église chrétienne, l’abside changea de destination; elle cessa d’être le presbyterium pour devenir le martyrium, c’est-à-dire le lieu où reposait le corps du saint patron de la basilique, ou la relique à qui s’adressait particulièrement la dévotion du lieu. Il en était ainsi, avant l’an 500, dans l’église primitive de saint Martin à Tours, et cet usage se répandit dans les siècles suivants.

L’abside primitive n’avait pas d’autre jour que celui qu’elle recevait de la nef ou du transsept. Transformée en martyrium, elle fut non seulement percée de fenêtres, mais encore, selon certains auteurs, elles auraient été entièrement ajourées, ou même ouvertes à leur base, afin d’être mises en communication avec une galerie basse qui les entourait, de telle sorte que la disposition si caractéristique du chevet des églises modernes remonterait à cette antiquité, c’est-à-dire au Vᵉ siècle.

Au commencement du VIᵉ siècle, on construisit des basiliques selon le mode du temps, mais que l’on disait établies en trois membres, parce que leurs trois galeries longitudinales—nef et bas côtés—étaient considérées comme des églises ayant chacune son patron particulier. On peut croire que l’ancien temple de Jupiter capitolin de Rome, qui avait contenu dans sa triple cella trois sanctuaires à la fois: au milieu Jupiter, à gauche Junon et à droite Minerve, ait suggéré l’idée de ces temples chrétiens.

Les bas côtés, tout comme la nef, eurent leur autel et leur abside toujours plus petite que celle du milieu. En archéologie, on les appelle absidioles.