Cette période de l’histoire de l’architecture est des plus intéressantes et des plus curieusement instructives, parce qu’elle montre les constructeurs aux prises avec les difficultés qu’ils ne surmonteront qu’après de longs efforts. Il faut suivre leurs essais timides par les modifications qu’ils apportèrent aux dispositions traditionnelles des basiliques romaines, en conservant à la nef centrale sa toiture en bois et en ne couvrant que les bas côtés par des voûtes d’arête; leurs tentatives plus hardies, caractérisées d’abord par des voûtes en berceau, réminiscences des constructions romaines du Iᵉʳ siècle qui existent encore à l’amphithéâtre et au nymphée de Nîmes et qui semblent avoir inspiré les architectes romans; puis par des voûtes en berceau continu, couvrant la nef centrale et dont la poussée est maintenue par les demi-berceaux en quart de cercle des nefs latérales, principe de l’arc-boutant.
Il est surtout nécessaire d’analyser les édifices à coupoles du commencement du XIᵉ siècle, exemple d’un art achevé, importé d’Orient, mais modifié en France, ou plutôt en Aquitaine à cette époque, qui devait avoir une si grande influence sur les progrès de notre architecture, et enfin les combinaisons d’arcs-doubleaux, d’arcs diagonaux ou croisées d’ogives, reportant les charges des voûtes comme les pendentifs des coupoles, mais sous une autre forme, sur des points d’appui solidement contrebutés, aurore d’un système de construction qui devait avoir de si étonnantes applications.
L’étude de ce système nouveau, qui coïncide avec l’Institution des communes et les origines du Tiers État, fera l’objet d’un deuxième volume: l’Architecture gothique, commençant à l’apogée de l’architecture romane, c’est-à-dire vers le milieu du XIIᵉ siècle, pour finir avec le XVᵉ siècle.
Le cadre de l’ouvrage ne permettant pas de donner à l’architecture romane tous les développements que nécessiterait l’étude de toutes ses manifestations, nous avons étudié principalement les édifices religieux ou l’architecture religieuse. C’est l’expression la plus élevée de l’art chez tous les peuples, celle qui donne le plus justement l’idée de leur civilisation, de la puissance créatrice de leur génie et surtout parce que c’est dans les édifices religieux que l’architecture romane a le plus particulièrement marqué les caractères de ses transformations et de ses progrès. Les monuments monastiques, civils et militaires de la période romane ont d’ailleurs suivi les traditions romaines jusqu’au XIᵉ siècle; ils feront l’objet d’études spéciales dans le volume suivant: l’Architecture gothique.
Pour le même motif, il n’était pas possible de faire la monographie des édifices les plus importants ni même de citer tous les monuments intéressants. Nous avons voulu exposer simplement des principes généraux, chercher les origines de l’architecture romane, étudier sa filiation et suivre sa progression constante depuis le Iᵉʳ siècle de notre ère jusqu’au milieu du XIIᵉ siècle. Les plans, les coupes, les croquis et les dessins indiquent sommairement, mais exactement, le caractère des types principaux et ils forment une suite de renseignements nécessaires pour faciliter et appuyer les démonstrations.
Il est donc nécessaire de connaître tout d’abord les basiliques civiles, les basiliques ou églises latines et les églises byzantines qui feront l’objet de la première partie de ce volume, pour arriver ensuite à étudier utilement, dans la deuxième partie, les monuments les plus caractéristiques de l’architecture romane.
L’ARCHITECTURE ROMANE
PREMIÈRE PARTIE
ORIGINES DE L’ARCHITECTURE ROMANE
BASILIQUES CIVILES
BASILIQUES OU ÉGLISES LATINES
ÉGLISES BYZANTINES