Les arts du dessin y étaient en grand honneur; non seulement l’habileté de la main, mais le sentiment de la forme et de la couleur s’y étaient conservés. La tradition antique s’y continuait, bien qu’en se transformant par l’effet de l’esprit nouveau; les artistes produisaient des œuvres considérables pour les besoins d’une société riche, lettrée, raffinée et sous l’impulsion d’une cour dont le goût du faste et les habitudes de magnificence n’ont pas été dépassés.
A la même époque, l’Occident se débattait sous les rudes étreintes des Barbares et songeait à se défendre bien plus qu’à cultiver l’architecture, l’art de la paix par excellence. Aussi la force des choses le rendait tributaire de l’Orient au point de vue de l’art. C’est d’Orient qu’il tirait les étoffes, les bijoux, les ivoires sculptés et tous les objets de luxe dont il sentait le besoin, mais qu’il ne savait pas produire; c’est à l’Orient enfin qu’il demanda des maîtres et chacun des grands efforts de l’art, mentionné par l’histoire entre le VIIIᵉ et le XIᵉ siècle, aussi bien en France qu’en Allemagne et en Italie, a été marqué par une émigration d’artistes orientaux.
Les calamités qui fondirent sur l’Europe avant et après Charlemagne contribuèrent encore à augmenter l’influence que l’Orient exerça sur l’Occident dès les premiers siècles du christianisme.
L’an 1000 est une date célèbre dans l’histoire des terreurs superstitieuses du moyen âge. C’était une croyance universelle au Xᵉ siècle que le monde devait finir l’an 1000 de l’Incarnation. L’Église fortifia, dit-on, cette croyance de tout son pouvoir qui était alors immense. Le Clergé la propagea par calcul, suivant les chroniqueurs du temps, ou par conviction, selon quelques historiens; il y trouva d’ailleurs de grands avantages, car des dons considérables furent faits aux églises, aux monastères, et les pécheurs qui voulaient expier leurs fautes abandonnèrent leurs biens en attendant la fin du monde.
Cet effroyable espoir du Jugement dernier, nous dit Michelet, s’accrut dans les calamités qui précédèrent l’an 1000 ou suivirent de près. Il semblait que l’ordre des saisons fût interverti, que les éléments suivissent des lois nouvelles. Une peste terrible désola l’Aquitaine; la chair des malades semblait frappée par le feu, se détachait de leurs os et tombait en pourriture. Ces misérables couvraient les routes des lieux de pèlerinage, assiégeaient les églises, particulièrement Saint-Martin à Limoges; ils s’étouffaient aux portes et s’y entassaient. Ce fut encore pis quelques années après.
Mais lorsque la date fatale eut passé sans tenir ses sombres promesses, l’humanité se sentit renaître et revivre. Son premier sentiment fut un mouvement d’amour et de reconnaissance pour Dieu qui ne l’avait pas anéantie.
Alors d’innombrables pèlerinages, précurseurs des croisades, commencèrent aux Lieux Saints, au tombeau du Christ, et de magnifiques édifices sont nés en Europe de ce grand mouvement de foi religieuse, retrempée en Orient aux sources mêmes de l’art chrétien.
Après avoir constaté les origines de l’architecture chrétienne à Rome et en Orient, étudié ses développements à Constantinople et ses transformations en Occident, il convient de s’arrêter à la période historique que les savants ont appelée si justement la renaissance de Charlemagne et qui a marqué l’avènement de l’architecture romane se dégageant alors des lisières romaines et byzantines qui avaient soutenu ses premiers pas. C’est le désir de voûter les églises, qui, vers l’an 1000, a obligé les constructeurs à abandonner les anciennes proportions des basiliques latines.
Il est nécessaire d’étudier les monuments de cette époque, parce qu’ils ont été, au moment des hésitations et des tâtonnements des architectes romans, cherchant à bâtir plus solidement leurs églises si souvent détruites par le feu, la manifestation d’un mode de construction dans lequel la voûte avait une fonction caractéristique.
C’est à partir de la fin du Xᵉ siècle que l’architecture romane s’affranchit peu à peu des traditions latines pour créer des proportions nouvelles résultant de l’adoption d’un système nouveau dès les premières années du XIᵉ siècle, sinon dans le détail de ses formes, tout au moins dans l’ensemble de ses dispositions.