Il rappelle particulièrement les dispositions de l’église de Théotocos à Constantinople (fig. [72], [73]). La principale différence existant entre cette église et celle de la Martorana réside dans la forme des arcs, brisés dans celle-ci, tandis qu’ils sont plein cintre en Italie, à Constantinople et en Grèce.
La décoration de la Martorana empruntant aux Byzantins, aux Arabes et aux Normands des détails caractéristiques, semble résumer l’histoire de la Sicile au moyen âge.
CHAPITRE XVII
INFLUENCE DE L’ART BYZANTIN SUR L’ARCHITECTURE EN ORIENT ET EN OCCIDENT.—L’ARCHITECTURE DU VIIᵉ AU XIᵉ SIÈCLE.
L’art byzantin, qui s’était si grandement manifesté par les superbes ouvrages de Justinien, exerça, dès son origine, une influence considérable qui s’étendit plus tard sur tout l’Occident, mais qui fut générale en Orient surtout pendant la prospérité de l’empire grec, expirant avec le VIIᵉ siècle, épuisé par ses victoires autant que par les attaques des Perses.
On peut suivre la tradition byzantine dès les premiers temps de l’empire arabe. Depuis le commencement de l’hégire, en 622, jusqu’au moment où ils purent donner à leur art un caractère particulier, les musulmans, les adversaires les plus acharnés du christianisme et de l’empire grec ont fait à l’art de leurs ennemis, à l’art byzantin, des emprunts qu’il est facile de constater.
Quand les Arabes étendirent par leurs conquêtes la domination musulmane depuis l’Asie-Mineure jusqu’aux Pyrénées, l’art n’existait chez eux que sous les formes les plus rudimentaires.
De même que les chrétiens établirent leurs premiers autels dans les basiliques civiles de Rome, les musulmans conservèrent, dans les pays conquis, les monuments religieux: ils les modifièrent, puis ils construisirent des édifices nouveaux, disposés selon leurs prescriptions religieuses; mais leur architecture a conservé les traits particuliers de son caractère originel, à l’influence duquel ils ne pouvaient se soustraire.
«En Syrie, les Arabes ne se préoccupent pas tout d’abord de construire des mosquées; ils enlèvent au Christ ses églises et les consacrent à Allah. Parfois, pendant quelques années, les deux cultes vivent côte à côte dans un même édifice[31].» Il en fut de même en Espagne, et les historiens de l’art arabe y distinguent dans ce pays une première période byzantine qui s’étend jusque vers la fin du Xᵉ siècle. Entre les califes de Cordoue et les empereurs de Constantinople les relations étaient continues; les savants, les artistes grecs accoururent en Espagne. Aussi les anciens édifices de Cordoue portent-ils la marque de cette influence étrangère si nettement accusée dans la célèbre mosquée de Cordoue élevée par Abdérame vers la fin du VIIᵉ siècle.
Au moyen âge, sous les rois de la première race et, par conséquent, bien avant Charlemagne et les pèlerinages de l’an 1000[32], des relations existaient entre l’Occident et l’Orient où Byzance exerçait une attraction si puissante que les princes de France, de Germanie et d’Italie y envoyaient sans cesse des ambassades.