Il était de fâcheuse humeur, mon compagnon. La chaleur l’accablait. Mais loin de se livrer à un emportement contraire à sa nature (seule la fosse aux lions, à Carthage, je l’ai dit, devait le dérider), il venait simplement me faire entendre de temps à autre une plainte formulée sur un ton rentré et qu’il adressait toujours très soigneusement à la partie de son maillot la plus rapprochée de son menton.

— Oh ! non, disait-il en sourdine, il fait trop chaud !

La plupart du temps, cette manière d’articuler un son m’empêchait de rien entendre et, quand je le faisais répéter, lui, renvoyait la même phrase à son maillot, sur le même ton.

— Oh ! non, il fait trop chaud !

— Que veux-tu que j’y fasse ? disais-je. Il faut pourtant bien arriver au bout. Et puis, en Afrique, tu ne veux pas que nous ayons le soleil du pôle, je pense.

Quand ainsi mon Belge m’avait fait part de sa « confidence », il reprenait sa position à une dizaine de mètres devant moi.

On gravissait donc la côte, placidement, quand on aperçut en avant, sur la route, un groupe de trois personnages arrêtés sur le rebord du chemin. C’étaient deux ouvriers indigènes, chargés d’un travail de cantonnier, et un jeune Arabe à cheval. Ces ouvriers avaient interrompu leur besogne et causaient avec le cavalier.

A notre vue, le jeune Arabe, après nous avoir considérés un instant avec un air vivement surpris et comme intrigué, quitta brusquement ses interlocuteurs et nous suivit.

Il semblait avoir une quinzaine d’années. Le visage arrondi, le teint mat, les yeux noirs, les traits pourtant sans aucune finesse. Un front plissé, dénotant de l’énergie, et son regard clair, intelligent, lui donnaient une expression de physionomie extrêmement vive. Il était de bonne mine d’ailleurs dans son burnous très propre. C’était sans doute le fils de quelque chef, ou d’une famille fortunée. Sa monture était un jeune cheval arabe, blanc, souple et nerveux.

Le cavalier parut s’étonner de notre marche pénible. Il nous toisait d’un air de pitié. Alors il nous laissa marcher quelque peu en avant, puis s’élançant avec son cheval, il partit au triple galop derrière nous et nous passa, comme un éclair.