« Au mois de décembre, tiens, vois-tu, me dit-il, nous sommes là sur la terrasse de ce café et nous avons une température délicieuse ; c’est le printemps, un printemps éternel pour nous. Tiens, regarde, à droite de ce square situé au centre de la ville haute, donnant sur cet autre vaste jardin, une maison qui domine les palmiers : c’est le Cercle militaire.

» Le soir, nous y sommes réunis et la musique militaire joue durant une partie de la soirée, pendant que le ciel est illuminé d’étoiles, et que toute une population joyeuse inonde la promenade. Et cette gaieté ne se dément pas, cet enchantement dure toujours. »

Avec nos nouveaux amis, on continua le mercredi à parcourir cette cité merveilleuse. On visita le port, puis Mers-el-Kebir, ce site qui sur la côte élevée domine la baie immense,

Telle qu’un cormoran qui regarde la mer.

On parcourut le jardin planté entre la ville et le port et par où on peut descendre à la ville basse. Pour la première fois on goûta de la figue de Barbarie, ce fruit du cactus qui dans la plaine brûlée offre toujours au voyageur son jus rafraîchissant.

Naturellement, les petits bédouins accouraient vers nous, là aussi. « Cirer jonn ! »

On allait à travers les allées, longeant l’escarpement, quand un spectacle assez singulier frappa mes regards.

A quelques mètres de nous, en contre-bas, un arbre d’assez faible dimension s’élevait, dominant l’espace, car le sol descendait presque à pic vers le port.

Cet arbre, un arbuste plutôt, présentait un aspect des plus étranges. Il était extraordinairement touffu et de couleur inusitée. Le feuillage, à supposer que c’en fût un, était d’une telle épaisseur que le jour n’y pénétrait pas.

Je le fixai attentivement en m’avançant vers le rebord de l’allée, dans sa direction. Aussitôt il se produisit un fourmillement dans ce feuillage mystérieux.