Après de nouvelles visites dans les différents quartiers de la ville et aux environs, on ne songea plus qu’au départ. La veille au soir, les cyclistes oranais tinrent à nous faire fête. Ils voulaient clôturer par un champagne d’honneur la réception si cordiale qu’ils nous avaient déjà faite. Quel sport que celui qui inspire tant de généreuse et mutuelle sympathie chez ses adeptes !

V
LA PLAINE DU CHÉLIFF

En se séparant, après la joyeuse veillée du mercredi 25 septembre, on s’était donné rendez-vous au lendemain matin six heures, devant le siège du club oranais.

A l’heure dite, on était au rendez-vous, en masse.

Plusieurs amis étaient venus nous éveiller à notre hôtel, l’Hôtel Victor, dès cinq heures et demie ; réveil lourd chez moi, atroce surtout après le festival de la veille. Mais la bicyclette à forte dose allait nous remuer les membres.

— Allons ! les amis ! c’est l’heure. Temps magnifique, c’était forcé, nous vous le disions bien.

Oui, on nous le disait. Chat échaudé craint l’eau froide. J’avais été tellement arrosé dans mes précédents voyages que la terreur me possédait. Je n’avais cessé de répéter : « Vous verrez qu’il pleuvra, vous ne connaissez pas mon infernale guigne. J’ai horreur de la pluie, et quand j’entreprends un voyage, crac ! il pleut. »

Et je rappelais cette atroce déroute de Lintz survenue au cours de mon voyage de Paris à Vienne.

— Tenez, ajoutais-je, je débarque sur la terre africaine, un épouvantable orage se déverse sur nos crânes.

— Rassurez-vous, avait-on répondu. En fait d’eau, vous aurez les fontaines des rares villages rencontrés sur votre route ; la pluie, la vraie pluie, inconnue au bataillon, à cette époque de l’année.