On ne nous avait pas trompés.
Une averse orageuse, de quelques secondes seulement, brusquement survenue à Oran, avait été la dernière que nous dussions voir sur cette terre desséchée.
— Si le temps est magnifique, tout va bien, dis-je à nos amis oranais.
— Pourvu que le sirocco ne souffle pas, vous pourrez vous en sortir, sinon ! Ah ! vous avez peur de l’eau. Pauvres amis ! Attendez cet après-midi et vous aurez une idée de la chaleur.
A six heures donc, nous voici au départ. Sur l’horizon planent des vapeurs d’où le soleil se dégage en inondant de rayons roses le ciel d’un bleu pâle.
Comme les poignées de main n’en finissent pas, je m’aperçois que l’heure s’avance : il est six heures et quart. La perspective de la chaleur m’inquiète, car c’est ce jour même que nous devons aborder la terrible plaine du Chéliff, et je presse le départ.
A six heures vingt, l’escadron se mobilise. Nous roulons en brillante escorte vers la sortie d’Oran. On nous conduit par la route dite de la Senia.
Notre but, pour cette première journée, est d’aller déjeuner vers midi à Perrégaux, situé à quatre-vingts kilomètres environ, puis d’arrêter notre étape à Relizane, située à cent cinquante kilomètres d’Oran ; Relizane, la brûlante Relizane, où, d’après mon ami le capitaine de zouaves, les troupes, une année, au cours des grandes manœuvres, avaient enduré un supplice intolérable par suite de la chaleur.
Dès la sortie, les bonds cahotiques sont prodigieux. En effet, les troupeaux sont innombrables aux environs d’Oran et chaque jour il en entre et il en sort des bandes interminables.
On croise des Arabes à dos de mulets. Les pauvres bêtes s’affolent, mais ce sont de rudes cavaliers, messieurs les Bédouins.