Les troupeaux commencent déjà.

On nous apprend, tout de suite et une fois pour toutes, le mot à employer pour faire ranger les indigènes : Balek ! Balek ! L’opération s’accomplit d’ailleurs sans trop d’encombre. L’Arabe berger fait entr’ouvrir le troupeau par l’arrière, puis les bicyclettes, comme des cavaliers dans la foule, font le vide. Mais quel ennui ! Ce sont tantôt des troupeaux de moutons, tantôt des bœufs : les chameaux viendront plus tard !

La végétation est assez fournie encore ; ce sont, au milieu d’une flore européenne, des arbres à caoutchouc, des aloès, des jujubiers d’un vert bouteille chargés par endroits d’une couche épaisse de poussière.

L’escadron roule très vite, on est très dispos quand on part ; aidés vigoureusement par la brise du Nord-Ouest, une brise de mer doublement agréable, nous passons la Senia. A notre gauche, un campement de troupes françaises, amas grouillant autour des tentes, piqué de casques blancs.

Voici Valmy. Quelques maisons seulement, on passe ; mais déjà plusieurs compagnons nous abandonnent. Adieu, les amis !

A droite, voici le Grand Lac Salé ! O pauvre lac ! immense par son étendue, il est long de près de 40 kilomètres ; mais l’eau, où est-elle ? Nous voyons bien le commencement d’un vallon au sol grisâtre et uniforme comme un fond de rivière, mais l’eau ? Disparue en partie. Là-bas, tout là-bas seulement, aux extrêmes limites de l’horizon, on aperçoit une ligne brillante. C’est un peu d’eau.

Maintenant le sol est fortement mamelonné, tandis que les fondrières sont moins accentuées. On monte et on descend d’une manière continue.

Il est huit heures environ. Nos compagnons nous quittent, à l’exception des deux entraîneurs qu’on nous avait promis et qui devaient nous accompagner jusqu’à Perrégaux, MM. Allard et Mariani.

Le sol se dénude et l’horizon tend à s’aplanir.

Le soleil qui monte dans le ciel bleu chauffe déjà assez pour que je songe à poser mon couvre-nuque ; car je me suis muni d’une casquette d’officier, en toile blanche, où le couvre-nuque s’adapte à volonté.