La campagne se dénudait complètement. Des contreforts apparaissaient encore dans le lointain, mais faibles, et rien devant nous.
Dans la campagne, à droite et à gauche, le sol était piqué de touffes de jujubiers sauvages. Dans le voisinage de la route, les asphodèles se dressaient, maigriots.
Le sol était bon ici ; on roulait de plus en plus vite. Tous les bonheurs ! Le vent arrière nous aidait en tempérant les ardeurs du soleil. Puis nous étions déjà fort en avance.
Mais cette béatitude que procure la locomotion en de telles circonstances ne devait pas durer. D’ailleurs, à Oran, on nous avait prévenus : « Vous verrez, nous avait-on dit, le vent change presque toujours vers midi. Quand on se trouve dans une période de sirocco, et il est à craindre que nous y soyons, vu les orages de ces derniers temps, le vent est extrêmement modéré le matin et souffle du Nord ou Nord-Ouest ; puis à midi il passe au Sud, et voilà le sirocco qui se lève. »
Nous n’allions pas manquer le coup.
Pour le moment tout allait bien. Il était onze heures. Seule, la faim nous talonnait et il y eut un léger affaissement de la troupe.
Déjà un changement se devinait aisément dans les heureuses circonstances qui venaient de favoriser notre marche. La brise tombait. Le soleil sur nos têtes s’enflammait.
Un de nos compagnons nous montrant un amas de végétation dans le lointain nous dit : « Voici Perrégaux. »
Il se trompait. Cette erreur en nous énervant contribua à ralentir notre marche. Qu’est-ce que nous avions ? La faim nous étreignait sans doute.
On croisa une femme qui allait, l’air hébété, les bras ballants, ayant sur le dos son enfant accroupi et dormant. Elle allait comme une idiote, bravant la chaleur devenue intense.