Le vent du Nord-Ouest a cessé, maintenant, et des coups de vent, d’une direction mal déterminée, nous arrivent. Dieu ! que la marche, subitement, est devenue pénible ! Perrégaux n’arrivera donc pas !

Notre énervement s’accroît encore. Notre compagnon Allard nous annonce, en effet, que nous avons pris une route plus longue de cinq kilomètres environ, sur les conseils qu’on lui avait donnés à Oran, parce que cette route passait pour bien meilleure. Aussi, ayant marché vers le Nord-Est, voici que nous revenons vers le Sud, après un coude brusque. Un coup de vent qui nous arrive de face nous annonce, cette fois, que le sirocco se lève, et il nous heurte, si chaud, si violent, si assommant que notre compagnon, M. Mariani, dans un effort, saisi par une crampe, est contraint de s’arrêter.

— Allez, allez, nous dit-il, je vous rejoindrai à Perrégaux.

On continue, en proie à la fringale, quand la ville désirée se dresse devant nous, maisons blanches baignant dans un amas de verdure.

C’est bien Perrégaux où nous entrons, dans un décor d’où jaillissent les palmiers. Nous arrivons par une allée bordée d’arbres régulièrement plantés, formant dôme au-dessus de nos têtes.

Le petit Belge, mon compagnon, n’a pas employé la moindre seconde à jeter un coup d’œil sur le paysage environnant et l’entrelacement des feuillages en découpures sur le blanc vif des jolies maisons de Perrégaux ; le voici déjà dans la cour d’un hôtel, un seau d’eau devant lui et s’épongeant la face.

— Comment, déjà ! dis-je au jeune rejeton de ces braves bourgeois de Liège qui opposèrent une résistance si désespérée aux assauts furieux de Charles, duc de Bourgogne, dit le Téméraire.

— Je me rafraîchis, moi, dit-il, sans s’émouvoir.

— C’est ce que je suis en train de constater, répliquai-je, en procédant aussitôt à la même opération rafraîchissante.

— J’avais chaud, sais-tu ?