— Je le crois sans peine, et tu sais, mon garçon, que ce n’est rien encore. Tu as pu voir que le vent a tourné, c’est le Sud qui commence à souffler. Ah ! nous allons rire !

Heureusement, nous avons pris une forte avance et il ne nous reste guère que soixante-cinq à soixante-dix kilomètres à faire, pour arriver à Relizane.

— Nous y arriverons facilement, dit Van Marke, qui ne s’effrayait jamais de rien, quitte à déclarer ensuite sentencieusement : « C’est dur, sais-tu ? »

Mais si parfois il se plaignait avec persistance, et par réflexion murmurée d’une voix rentrée, à intervalles réguliers, il ne refusait jamais d’avancer, au contraire. Il allait toujours de l’avant, pressé d’arriver sans doute à la fin d’une trop pénible étape.

Mais, comme toujours, une fois descendu de machine, il reprenait sa lenteur mécanique.

— Allons, lui dis-je, assez d’eau sur la face. Mettons-nous à table.

Notre déjeuner était en effet servi. Je m’installe et me mets en devoir de faire disparaître rapidement les divers plats qui nous sont servis, mais je suis seul. MM. Allard et Mariani, qui vont céder la place à deux nouveaux compagnons, attendent notre départ pour déjeuner tranquillement ; quant à Van Marke, ne croyez pas qu’il soit encore là. Jamais.

J’ai eu le temps de m’inonder à plusieurs reprises, mais lui, prend son temps !

J’en suis aux trois quarts de mon déjeuner quand il apparaît, tranquille, souriant et satisfait, dans l’entre-bâillement de la porte.

— Allons ! Albert de mon cœur, ne te presse pas, tu sais, nous partons. Oh ! je n’ignore pas que la Belgique n’est jamais pressée.