Van Marke, toujours souriant, s’asseoit en disant : « Je me lavais la figure. »
— Ah ! tu te lavais la figure ; mais je l’ai bien vu, ô sujet impassible et glacé du bon roi Léopold II ; oui, seulement nous allons partir, il est midi et demi. Allons ! ouste ! absorbe !
Si on s’imagine que mon objurgation produisit le moindre effet sur mon excellent compagnon Albert Van Marke, le meilleur garçon de la terre, du reste, ce serait mal connaître la pâte dont sont pétris les modernes descendants des bons bourgeois de Liège.
Il eut, je dois le reconnaître, le temps d’envoyer au fond de son estomac tous les comestibles nécessaires à la réparation de ses tissus, car on vint nous annoncer que nos deux nouveaux compagnons, surpris par notre arrivée inopinée, ne seraient pas prêts avant un quart d’heure.
Sur ces entrefaites se présenta à nous, la serviette sous le bras, un des brillants avocats d’Oran, qui est en même temps président d’honneur du Club Oranais. On avait regretté son absence au cours de la réception qui nous avait été offerte, absence dont on ignorait l’objet. Or, il était à Perrégaux et, calculant l’heure de notre passage, il était venu. Il arrivait à temps.
Toujours de plus en plus inquiet de la chaleur dont nous sommes menacés, je presse le départ, mais nos nouveaux compagnons ne sont pas là. Allons ! bon, nous allons perdre tout le bénéfice de notre avance. Ma foi, je me décide à saluer tout le monde, en disant à Van Marke : « Je pars tout doucement, vous me rejoindrez tout à l’heure ! »
J’étais frémissant à l’idée d’affronter cette horrible chaleur.
Au moment où, par un croisement de route à angle droit, je débouchai de Perrégaux, un spectacle frappa mes regards : c’était à une soixantaine de mètres devant moi, sur la route, une colonne de poussière qui s’élevait, en tourbillon.
Van Marke et les jeunes cyclistes de Perrégaux ne devaient pas tarder à arriver. En quelques instants j’étais rejoint par eux. On était sérieusement reconstitué, on marcha bien. Un de nos deux nouveaux amis nous quitta presque tout de suite, déclarant que sa machine avait une avarie ; le second devait nous quitter bientôt après aussi, soit que le temps lui fît défaut, soit que la chaleur l’incommodât trop fort.
Toute irrégularité du terrain tendait à disparaître, mais des vallonnements existaient cependant quelque peu encore à l’horizon. Quant à la végétation, elle se raréfiait rapidement à droite et à gauche de la route, les haies de cactus dressaient leurs épaisses feuilles vert bouteille ; devant nous, la route blanche.