Le sirocco souffle assez fort déjà, mais il nous prend à revers et nous gêne peu. On arrive sans trop de peine au village de Bouguirat.

Ici, nous nous arrêtons pour nous rafraîchir. Pas de café : une petite épicerie seulement, doublée d’un débit de vins.

L’eau est chaude, hélas ! Triste rafraîchissant.

Sur le devant des portes, au milieu de la route, dans tous les coins, des Arabes vautrés. On repart. Quelques accidents de terrain se présentent encore. Il est deux heures de l’après-midi ; la chaleur augmente de minute en minute. Le vent qui nous heurte par le flanc, en rafales impétueuses, nous dessèche l’épiderme ; puis, dans les accalmies, une transpiration soudaine envahit le corps entier : succession d’états épuisante à l’excès.

La soif devient à présent suraiguë ; elle est accrue par la poussière que le vent soulève et qui fort heureusement ne nous vient que par intervalles assez longs, le sirocco continuant à balayer la route par le travers. Encore plusieurs mamelons qui nous favorisent un peu ; les quelques faibles montées et descentes, en variant la marche, nous font supporter l’écrasante chaleur qu’il fait en ce moment.

Voici un village, bonheur suprême : c’est l’Hillil. Nous ne sommes plus qu’à une trentaine de kilomètres à peine de Relizane. Des burnous en tas, comme toujours.

Nous sautons de nos machines que nous jetons à terre et nous nous précipitons vers la fontaine située au centre de la place. Je m’inonde la face rapidement, mais quand je relève la tête, le spectacle le plus singulier frappe ma vue.

Van Marke a, en partie, disparu. Je n’aperçois, de lui, que la partie la moins noble qui semble flotter sur l’eau dont l’abreuvoir est plein. Retirant son dolman et son maillot, il a plongé la tête et les bras dans l’eau froide, puis, peu à peu, il a enfoncé le tout jusqu’à la ceinture, à la façon des canards qui, plongeant tout à coup, ne laissent bientôt plus apercevoir que l’extrémité de leur queue menaçant le ciel.

— Diable, diable, dis-je à mon compagnon, quand il eut repris la position normale, se rafraîchir c’est bien, mais tu y vas un peu trop carrément, toi.

— Ah ! c’est bon, cela, répondit le doux Albert, rouge comme un coquelicot, en remettant son maillot et son dolman.