— Allons, eh bien ! si c’est bon, il ne nous reste qu’à partir.
— Je te suis, répondit le plus belge des Liégeois.
On repartit. Il était trois heures de l’après-midi.
Devant nous maintenant, une route en ligne droite. L’horizon s’est définitivement aplani, et plus aucune élévation n’apparaît nulle part ; c’est une plaine immense qui n’a pour borne là-bas que la ligne du ciel bleu.
L’un près de l’autre, la tête inclinée, l’allure sensiblement ralentie, nous suivons cette route dont le ruban se déroule jusqu’aux dernières limites où la vue puisse atteindre. Plus rien, ni à droite, ni à gauche, plus rien nulle part ! Le ciel bleu sur nos têtes et l’immensité grisâtre à nos pieds. Seules les tristes asphodèles, grêles et longs, tremblotent au souffle embrasé du Sud. Un ruissellement de feu nous arrive et nous brûle, par bouffées.
Maintenant le vent tourne et passe au Sud-Est. Triste affaire : il nous heurte presque de face et nous gêne affreusement, sans nous servir de ventilateur rafraîchissant, tant il semble porter du feu.
Le sol surchauffé nous renvoie des haleines suffocantes, comme des courants de fournaise. La nature semble en travail de silencieuse fermentation sous ce brasier que rien ne tempère. Tout dort ou plutôt tout a fui cette plaine brûlée. Nul arbre, nul animal, nul passant. Le soleil seul règne dans ce désert.
Notre marche ne cesse de se ralentir. Pour ma part, je me sens épuisé par cette chaleur intense, et je n’avance plus que par une suite d’immenses efforts. Van Marke, plus gaillard, marche un peu en avant. Il m’encourage même en déclarant que Relizane ne saurait être éloignée ; mais, devant nous, la route blanche se perd toujours à l’horizon. Et la poussière nous enveloppe à chaque coup de sirocco : nuage aveuglant et qui prend à la gorge.
Qu’inventer pour calmer notre soif ? Mon gosier est à ce point irrité que la salivation ne se produit plus ; circonstance atrocement pénible et qui rend la soif intolérable.
Voici quelques figues de Barbarie sur le bord du chemin, mais nous n’osons y toucher, tant la pelure remplie de piquants en est dangereuse quand on ne connaît bien la façon de la séparer du fruit.