J’ai dit : rien n’excitait ce bon Belge, pardon ! Une fois, le phénomène arriva à la fin de notre expédition, une circonstance le dérida ; mais alors, on eût dit qu’il voulait regagner le temps perdu, ce fut une « électrisation » de tout son être.
Jamais diablotin actionné par une pile ne se livra, de mémoire de savant, à une sarabande pareille.
Quand ce fait mémorable se passa-t-il ? Je l’ai dit, à la fin de notre voyage, quand la suite de nos aventures nous eut conduits, d’étape en étape, jusqu’à Tunis. Mais n’anticipons pas. Je renvoie le lecteur au dernier chapitre de cet ouvrage, intitulé : « Un sujet du roi Léopold dans la fosse aux lions. »
Le lundi 16 septembre, au soir, le bon Belge Albert Van Marke, flanqué de ma personne, et votre serviteur flanqué de la personne du bon Belge, on fila sur Marseille, où le jeudi suivant 18 septembre, on se disposa à prendre place sur le paquebot de la Compagnie transatlantique Eugène-Pereire, en partance pour Alger.
J’ai toute raison de croire que le lecteur partagera ici mon sentiment sans restriction aucune. Il est toujours désagréable d’alléger sa bourse, toutes les fois que l’on peut s’en dispenser. Appartenant à un grand journal de Paris, je savais pouvoir obtenir une faveur pour la traversée de Marseille à Alger, et je ne me fis pas faute d’en faire la demande à la direction de la Compagnie transatlantique à Paris. Mais voici le malheur : le lundi, jour de mon départ, mes « permis » d’aller et retour n’étaient pas arrivés. Je priai un ami de me les expédier à Marseille. Le jeudi, rien ! Je crus que les permis n’étaient pas accordés et je me décida, oh ! soyez-en bien persuadés, ce fut à contre-cœur, de donner un accroc à ma bourse. Or, voyez ce qui se produisit : non seulement la Compagnie me remboursa à mon retour, mais elle me remboursa le prix entier de ma place.
Elle m’avait donc accordé une double faveur : le permis complet, alors que quatre-vingt-dix-neuf fois sur cent elle ne délivre que des réductions, et de plus la détaxe, ce qui est aussi fort rare.
Pourquoi affliger mes lecteurs de ces détails ? Parce que, d’abord, on est toujours bien aise de signaler des évènements aussi rares que de pareilles faveurs accordées par des compagnies à un « particulier ; » et qu’ensuite, tous le comprendront, je suis enchanté de saisir cette occasion de remercier la direction de la Compagnie de ce qu’elle a fait.
Inutile maintenant de parler des merveilleux paquebots de la Transatlantique, mon éloge paraîtrait vraiment trop intéressé. Il me suffira de dire qu’avec ou sans permis, je ne voulais pas entendre parler d’autres bateaux que les siens, et la meilleure preuve, c’est que nos places étaient « payées » à notre départ.
L’Eugène-Pereire partait à midi. Le temps était idéal. Point de vent. Oh ! Je le guignais, le vent. D’ailleurs, depuis que je savais devoir m’embarquer, ma préoccupation à ce sujet était constante, d’autant que c’était ma première traversée.
A Marseille, précisément, le pays du terrible vent de Nord-Ouest, dénommé mistral, mon anxiété était justifiée. Heureusement, le matin du départ, calme plat. Excellente affaire.