Malgré l’épuisement que nous avait causé l’assaut de la chaleur, au cours du terrible après-midi dont j’ai essayé de donner une idée, les précautions hygiéniques ne devaient pas être négligées.

Après un soupir de satisfaction poussé sur nos chaises, on alla exécuter une opération qui devait nous être de plus en plus familière sous ce climat torride et qui, d’un seul coup, semble, en rafraîchissant le corps, renouveler l’être entier : celle des ablutions et du changement de maillots. Et je prie de croire que nos maillots de laine contenus dans les sacoches n’avaient nul besoin, pour être secs, d’être placés aux environs d’un foyer quelconque ; circonstance assez remarquable, car, au dernier changement opéré à Perrégaux, on les avait pliés encore humides, puis enfermés et serrés fortement dans les sacoches de cuir, emprisonnement qui semblait rendre presque impossible une prompte dessiccation.

Deux minutes après nous étions de nouveau installés sous une tonnelle de verdure, en face d’apéritifs glacés. Mais, que le lecteur se rassure, nous absorbions toujours avec la lente précaution d’hommes parfaitement désireux de ne pas borner là leur existence aventureuse. Naturellement, notre présence avait attiré bon nombre d’habitants, parmi lesquels beaucoup d’Européens. Les gamins à boîtes de cirage ne pouvaient manquer de venir voleter autour de nous. Ils voulaient « nettoyer bicyclettes » et « cirer souliers », comme de juste.

Va pour les souliers. Ah ! pour le coup, ils avaient matière à exercer leur métier. Foi de Cendrillon ! nous étions blancs de la pointe des pieds jusqu’à la racine des cheveux, un peu moins sur ce dernier point depuis nos ablutions, mais c’est égal. Un bain maure seul eût eu raison de cette poussière ténue qui nous pénétrait.

Nous étions donc assis depuis quelques instants à peine, car tout ce que j’ai raconté fut exécuté en un clin d’œil, quand je vis un facteur s’avancer à travers la place centrale de Relizane, vers le café où nous nous trouvions. Il semblait, à sa démarche et à son attitude, s’approcher comme s’il était attiré par le groupe en stationnement autour de la terrasse et comme s’il voulait « voir ». Il arriva, fendit la haie de curieux, et s’adressant à moi, me dit :

— N’est-ce pas vous M. de Perrodil ?

— Parfaitement, c’est moi. Quoi ! vous auriez une lettre pour moi ?

— Non, monsieur, mais une dépêche.

— Une dépêche ? dis-je à Van Marke ; ah ! par exemple, voilà qui est singulier. Comment, il n’y a pas trois minutes que nous sommes ici et j’y reçois une dépêche !

Il me tardait, comme bien on pense, de lire l’adresse portée sur ce télégramme, arrivé si miraculeusement à son destinataire, car vous remarquerez que nous eussions pu rester dix minutes seulement dans cette noble cité algérienne, ce qui ne l’eût pas empêché de parvenir à son but.