L’adresse portait… Ah ! elle n’était pas compliquée : « Perrodil, cycliste de passage. »
Eh ! mon Dieu, oui, c’était tout simple. Seulement tout s’expliquait un peu par l’énorme publicité que les journaux, avec une amabilité dont je tiens à les remercier du reste, nous avaient faite, et comme on connaissait notre passage probable au cours de l’après-midi, on était allé prévenir le télégraphe aussitôt qu’on nous avait aperçus.
Quant à l’auteur du télégramme, c’était le président du Club d’Orléansville, qui nous demandait l’heure probable de notre passage pour le lendemain.
Relizane était la fin prévue de notre première journée ; c’était là que nous devions dîner, puis nous abandonner dans les « bras de l’orfèvre », comme dit l’autre. Mais nous n’allions pas tarder à subir cette impression si généralement ressentie en pareille occurrence, et si curieuse, d’une résurrection physique tellement rapide que l’envie de continuer notre route allait s’emparer de nos personnes malgré leur actuel état de complet épuisement.
Nos apéritifs à la glace ingurgités, on se rendit dans un hôtel voisin, très confortablement installé à l’instar des hôtels français de grande ville, et là on dîna, péniblement il est vrai ; mais, peu à peu, grâce à des gorgées savamment prises de liquide glacé, tout ce qui nous fut servi, ou à peu près, disparut dans les profondeurs de nos individus.
Il était six heures. Le jour baissait rapidement, mais nous sentions un retour de forces inouï. Van Marke parla le premier de continuer la route.
— Il n’est que six heures ; nous sommes en avance ; je crois qu’il serait sage de poursuivre son chemin. Inkermann est à une cinquantaine de kilomètres ; pourquoi n’irions-nous pas coucher dans cette ville ?
— Je veux bien, répondis-je, mais cinquante kilomètres c’est beaucoup. Pas de village où nous puissions coucher d’ici Inkermann, et si nous sommes éreintés, que ferons-nous ?
— Nous ne le serons pas au point de ne pouvoir continuer la route. Nous avons bien dîné, nous sommes dispos ; cinquante kilomètres, avec le clair de lune, ce sera délicieux.
— Il est certain qu’en raison de la chaleur atroce que nous avons eue, il est préférable de passer de nuit la plaine du Chéliff qui ne fait que commencer ; mais tu remarqueras, mon brave, que demain, de très grand matin, l’atmosphère sera encore plus rafraîchie par la nuit. Puis, le matin, pas de vent, tu le sais ?