La chaleur, il est vrai, était intense.

Plus de soleil, mais la plaine était semblable au four dont le brasier a été retiré, et qui reste chauffé à blanc. C’était un souffle de four à chaux. La nuit même, par le contraste, rendait cette sensation de chaleur plus pénible encore, le rayonnement de la grande lumière jouant, semble-t-il, le rôle de dérivatif.

Nous étions là, côte à côte, solitaires en cette immensité, et respirant du feu.

Mais cet embrasement de l’atmosphère expliquait-il mon état d’engourdissement total ? Jamais, après un copieux dîner, je n’avais fait de pareils efforts sur mes pédales. Qu’avais-je donc ?

Je me décidai à faire part à mon compagnon de ce fâcheux détail. Qu’y pouvait-il, le malheureux ! Anxieux sur les conséquences de mon affaissement dans une pareille solitude, il m’encouragea désespérément.

Le silence planait sur cette mer. Seul un murmure singulier, dominant même le bruit de nos roues sur le sol, attira mon attention.

C’était un sifflotement monotone dont je ne pus tout d’abord m’expliquer la cause : chant langoureux, prolongé, parfois très faible, comme une plainte douloureuse et profonde d’âme errante dans ce désert.

Je ne tardai pas à comprendre d’où provenait cet étrange murmure : c’était le vent du sud dont le souffle chantait dans les rayons de nos machines.

Et pourtant nous n’éprouvions pas l’impression d’un grand vent sur nos personnes, mais voici qui éclairait mon esprit sur mon insurmontable affaissement.

— Regarde, dis-je, à quel point les objets environnants, même quand ils jouent un rôle indirect dans nos impressions, influent sur elles ; l’idée de l’ouragan nous est donnée par l’agitation des objets extérieurs, des feuillages, par exemple, et par le bruit qu’il fait sur ces objets ; ici, dans cette plaine, rien ne s’oppose à la marche du vent du Sud ; il parcourt ces espaces librement, sans rencontrer d’obstacles. Nul bruit ne le révèle. D’autre part, comme cette absence d’obstacles laisse au souffle du sirocco une grande régularité, aucun coup violent ne vient non plus, en nous heurtant plus fort, nous annoncer la présence de cet ennemi acharné. Mais la voilà, je le comprends, la cause de ma fatigue ; nous luttons contre un sirocco enragé.