A une certaine distance devant nous, une centaine de mètres peut-être, une barrière coupe la route.

— Hein ? regarde donc ? Van Marke ! Attention ! Qu’est-ce que c’est ?

— Ce sont des Arabes, répond froidement le fils des placides Liégeois.

— Des Arabes ? Fort bien, avertis-les, surtout.

Mais Van Marke est jeune et il faut bien que sa jeunesse reprenne ses droits sur le sang de sa race ; au lieu de leur crier tranquillement : « Balek ! balek ! » il fonce en avant en poussant des cris aigus : « Ohé ! ohé ! attention là ! les arbicots ! »

C’étaient bien des Arabes, en effet, quatre immenses gaillards qui occupaient la largeur de la route.

Aux cris poussés derrière eux ils s’écartent et très vite nous passons. Mais à peine se sont-ils aperçus de notre nombre, voici qu’ils s’élancent en avant en jetant à leur tour des hurlements assourdissants.

Comme je n’ai pas le moindre doute, d’après leur manière de s’élancer ainsi à notre poursuite, sur leurs intentions peu sympathiques à notre égard, je me saisis de mon revolver, avec l’intention parfaitement arrêtée de viser et de faire feu, si par malheur nos forces sont trahies et si les quatre Arabes, gagnant du terrain, nous arrivent sur les talons ; je le fais avec d’autant plus de conviction que j’ai tout naturellement la bourse forcément bien garnie et qu’en présence d’une somme d’argent, l’Arabe voit rouge, nous avait-on dit.

Mais, le plus effrayé en l’occurrence, c’est mon compagnon, à la vue de mon revolver.

— Ne tire pas, supplie-t-il !