— Ne tire pas, tu es bon, toi, excellent Belge ; tu agis comme un enfant que tu es, et tu es effrayé des conséquences. Laisse-les arriver, et tu juges si je vais me gêner.
Mais nous n’avions rien à craindre, très heureusement. Un coup de fouet nous cinglant l’échine n’eût pas réveillé notre sang avec plus de vigueur que ne le firent les croassements de ces Arabes jetés à notre poursuite. Ils ne purent nous rejoindre.
Quand notre émotion fut calmée, ma décision était prise.
— Écoute, dis-je à Van Marke, cette pérégrination nocturne ne me dit rien qui vaille. Je ne veux pas faire de ce désert mon lit de repos ; au plus petit hameau rencontré sur la route, fût-ce un misérable gourbi, je m’arrête et je me couche, dussé-je m’étendre sur le chemin, en plein air.
Cela dit sur un ton qui ne pouvait provoquer la moindre réplique chez mon jeune second, fort marri de la petite équipée racontée plus haut.
A treize kilomètres de Relizane, le petit village existait ; quelques maisons à droite et à gauche de la route apparurent, toutes noires, sous la lumière blanche de la lune.
— J’y suis, j’y reste ! cette fois ; nous allons coucher ici, tu entends !
Ce raccourci de hameau se nommait les Salines ; près de lui, en effet, sur notre gauche, s’étendait un lac salé. Desséché, sans doute, le lac. Nous ne pouvions songer à l’aller voir à pareil moment. Une fois descendu de machine, et en arrêt, je dis au jeune Albert :
— Écoute un peu maintenant !
On prêta l’oreille. Un bruissement immense, comme celui de la mer, nous arrivait.