— Hein ? tu l’entends souffler, le sirocco, dans les arbres qui environnent les Salines. Il ronfle maintenant.
Mais il fallait songer au repos. « Trouver à coucher ici, voilà, dis-je, qui ne va pas être commode. Mettons-nous en campagne. » Il était huit heures et demie environ, pas davantage, heureusement ! sans quoi c’était la nuit à la belle étoile, hélas ! ce qui peut-être eût mieux valu pour nous !
Comment faire ? Nous nous saisissons des machines, et en avant vers la première maison qui nous offrirait un aspect catholique.
On frappe. Un brave homme d’Européen nous ouvre.
— Pardon, monsieur, nous sommes deux vélocipédistes très fatigués. Nous arrivons d’Oran, jugez un peu ! Et, ma foi, nous ne voulons pas continuer notre route, nous voudrions coucher ici. Y a-t-il moyen ?
L’excellent homme ne paraît pas surpris de l’aventure ; il est fort aimable et nous répond :
— Vous venez d’Oran ? Vous devez être fatigués, en effet ; mais je ne puis vous coucher, moi ; toutefois, si vous voulez bien, je vais vous conduire à la seule auberge qui puisse vous recevoir. Ce sont des Français, là.
En route ! Oh ! les courses ne sont pas longues, aux Salines. Quelques secondes et nous voici rendus.
Notre mentor ouvre la porte de l’auberge. Dans la grande salle où du coup nous pénétrons, nous trouvons toute la famille installée à table. Cette salle est exactement semblable à celle des cafés français de la campagne : vaste, rectangulaire et carrelée ; un comptoir avec, derrière, des bouteilles rangées ; sur la moitié du pourtour, des tables longues avec bancs aux deux côtés.
Dans la seconde partie de la salle, devant l’une des deux fenêtres, un billard. Enfin, faisant face à l’autre fenêtre, une porte vitrée, porte conduisant à l’intérieur.