Voici le village de Lavarande. Impossibilité complète de trouver du lait. Patience, il y en aura à Affreville.

Nous y arrivons. Petite ville fort coquette ; elles le sont toutes décidément.

Du lait ! Pas la moindre trace, du moins dans les premiers établissements où nous nous adressons. Comme la fin du village approche, nous interrogeons un brigadier de gendarmerie sur le devant de sa porte : « Pas de lait, brigadier, dans toute la ville ? Nous mourons de faim et de soif ! »

— Oh ! le laitier est passé. Vous n’en trouverez pas. Mais il doit nous en rester un peu ; je vais vous le chercher, répond-il.

Et fraternellement, ce bon brigadier de gendarmerie nous revient et nous présentant un grand bol de lait :

— Voilà tout ce qui nous reste, dit-il.

— Grand merci, c’est déjà quelque chose. Sapristi, je ne croyais pas trouver, dis-je en souriant, du lait à la gendarmerie. C’est original.

Le tableau l’était à coup sûr. On se partagea, mon compagnon et moi, cette bienfaisante boisson, et on se remit en route, après avoir comblé de remerciements ce modèle des brigadiers qui se refusa à tout remboursement.

Je dois ajouter que sans regretter cette aubaine inespérée, nous avions désespéré trop tôt d’Affreville. Quelques pas plus loin, en effet, un petit hôtel, où déjà une foule d’Arabes étaient rassemblés, nous servit du lait à foison. Le patron de l’établissement nous dit :

— On vous attend depuis hier soir ici.