— Oh ! oh ! dis-je à mon compagnon, il paraît que la presse algérienne a fait son œuvre dans cette noble ville.
Les Arabes se poussaient, voulaient voir ; ils palpaient, en faisant entendre des glouglous bizarres, nos machines abandonnées sur le devant de la porte.
Au moment de partir, le patron nous dit :
— Ah ! vous allez avoir à grimper dur ; la côte commence bientôt, vous en avez pour onze kilomètres. Vous ne vous ennuierez pas, allez !
On se mit en route. La côte commençait en effet, et la chaleur avec elle.
J’avais souvent entendu dire : Le sol de l’Algérie est prodigieusement fertile, mais l’eau manque, hélas ! et la terre, naturellement, ne peut produire les fruits dont elle est susceptible. Aussi, dès qu’une propriété peut facilement s’approvisionner d’eau, sa fertilité est inouïe.
Nous allions en avoir un éblouissant exemple.
On commença donc à gravir la montagne, et l’on rencontra beaucoup d’Arabes à pied ou à dos de bourriquets, car la route conduisait à Milianah, ville importante, mais que nous ne devions pas voir, cette route se divisant plus haut et parvenant à Milianah par un embranchement.
Bientôt il fallut aller à pied et on recommença à subir les terribles assauts d’un soleil sénégalien. Il n’en fallait pas tant pour exciter notre soif jusqu’à la fièvre.
Mais voici qu’à mesure que nous montions, la végétation allait se multipliant. Les haies s’épaississaient à vue d’œil, puis les arbres, en touffes sombres, s’étageaient sur la montagne. Bientôt un petit viaduc de bois se dressa à notre droite ; l’eau en pleuvait de partout. Aussitôt ce viaduc dépassé, un ruisseau coulant avec force se fit entendre sur le rebord du chemin. Il était en maçonnerie et l’eau y coulait, d’une attirante limpidité.