— Qui pourrait nous renseigner ? Il n’y a personne ici, dit Van Marke, comme moi arrêté par cette crainte ridicule.
— Et puis, repris-je, comment nous faire comprendre ? Les Arabes répondent bien à une demande appuyée d’un geste clair. Mais ici.
Justement, un Arabe gravissait lentement la côte et s’avançait vers nous.
Quand il fut arrivé, on l’accabla de gestes naturellement, pantomime qui dut lui paraître du plus haut comique et qui l’eût amusé beaucoup plus encore s’il avait compris tout de suite notre embarras mortel. Et on se démenait comme de beaux diables en présence de cette fontaine et en présence de l’Arabe qui ne comprenait absolument rien à cette singerie.
Enfin, il comprit, le bon disciple de Mahomet et, soudain, une lueur vive se faisant dans son esprit, son visage s’éclaira et il nous dit en riant : Bono ! Bono ! Ce que nous traduisîmes aussitôt par ces mots : Bonne eau ! Bonne eau !
Inutile de dire si on se précipita alors, la bouche ouverte, vers cette bienheureuse fontaine rencontrée dans la montagne et qui avait été de notre part l’objet d’un scrupule d’autant plus étrange que cette idée même ne nous était pas venue en buvant de l’eau des petits torrents trouvés le long du chemin.
Avant de parvenir au sommet de la longue côte, nous allions nous livrer à un plus sérieux rafraîchissement. Au croisement de la route nationale et de la route de Milianah, une sorte de vasque de pierre avait été placée au-dessous d’une violente chute d’eau, qui, avant de disparaître dans une conduite, rejaillissait en écume blanche jusque sur le rebord de la vasque.
Prendre une douche jusqu’à la ceinture fut aussi rapide que délicieux. Le même Arabe, qui nous avait dit : « Bono ! Bono ! » passait à ce moment, car nous l’avions devancé avec nos bicyclettes. Cet homme, en apercevant nos deux bustes barbotant dans la vasque remplie d’eau, dut évidemment se dire : « Ces gaillards-là ont du feu dans les veines. »
Alors nous, tout inondés, jetant un coup d’œil sur notre brave Bédouin, nous lui criâmes en manifestant notre bien-être : « Bono ! Bono ! »
Quelques instants après, la côte était finie et la descente allait commencer.