Maintenant nous commencions à descendre, heureusement. Une descente de 15 kilomètres, contre le flanc de la montagne. Nous allions directement vers la mer. Bourkika est, en effet, situé à un angle droit de la route, qui se dirige vers le Nord pour tourner brusquement vers l’Est parallèlement à la côte. Nous descendions, nous descendions ; la route était bonne, sauf quelques amas de cailloux semés dans la poussière, mais par places seulement.

La haute végétation s’éclaircissait de plus en plus et faisait place de nouveau aux amas touffus rencontrés avant le Chéliff. On descendait, descendait, descendait. Cette fois, Van Marke se tenait derrière. Par une singularité curieuse, mon compagnon, fort adroit sur sa machine et plutôt téméraire en toute autre circonstance, était craintif dans les descentes et, dès qu’une pente descendante commençait, mon Belge se tenait prudemment à l’arrière.

Plusieurs fois je me retournai, je ne l’aperçus plus. A un tournant cependant, tout là-haut, derrière moi, un point noir glissant le long de la montagne me révéla qu’aucun accident n’était arrivé. Le compagnon était bien là. On descendait, descendait toujours, roulant à toute allure. On croisait des Arabes sur leurs bourriquets et c’est à peine si leur ahurissement avait le temps de se manifester.

Voilà certes qui devait achever de les convaincre sur leur idée : les Français sont devenus fous.

On croisait des charrettes, chargées parfois : « Balek ! Balek ! » et on continuait la vertigineuse descente de quinze kilomètres.

On contournait la montagne et à chaque instant il était à croire qu’on allait s’arrêter. On dégringolait toujours ! La campagne se dénudait. Partout des brousses, maintenant. Nous descendions, nous descendions.

Voici que tout à coup, sur la route, devant moi, erre en liberté un jeune cheval arabe. Je n’ai pas le temps de m’arrêter. D’ailleurs, avant que je sois arrivé sur lui, il a bondi de côté, fait volte-face et pris la fuite. Comme je marche à toute allure, l’animal s’élance aussi, au galop de course, et l’on dirait une poursuite échevelée d’un jeune cheval arabe par un cycliste. Lui, de temps à autre, regarde en arrière, puis, me voyant arriver, bond par bond, s’élance de nouveau en avant.

Quelle course infernale dans cette descente de l’Atlas ! Il va, trotte, galope, bondit, la crinière au vent ; il s’arrête, repart, et je roule toujours sans fatigue, dans une impression de délire, à la vue de ce fantastique animal, tandis que se développent les escarpements de la montagne.

Des troupeaux de bœufs, aussi rencontrés paissant sur les côtés de la route, épouvantés, s’écartent par sauts brusques ; puis quelques-uns d’entre eux se retournent, comme pour voir quel être fantasmagorique vient troubler leur solitude. Lui, le cheval, bondit toujours devant moi, continuant sa course échevelée. Et on descendait, descendait ; les bornes kilométriques semblaient passer avec une incroyable fréquence ; les brousses tapissaient la montagne.

Soudain, la descente cessa et, comme il arrive si souvent en pareille circonstance, une côte apparut.