Van Marke, qui avait continué à dégringoler derrière moi, m’avait rejoint en un clin d’œil, tandis que le cheval, faisant un brusque saut de côté, s’éclipsait dans la montagne. La côte était faible, mais elle eut le temps de nous faire éprouver par réaction, à la suite de notre course vertigineuse, une chaleur atroce. Il était onze heures. Chaleur tellement intense que mon compagnon dut descendre de machine un instant, ne pouvant supporter la brûlure ressentie au visage.

Mais la descente recommençait bientôt. On repartit à toute allure, alors que maintenant la plaine commençait là-bas à se découvrir.

Tout à coup une odeur âcre et suffocante nous arriva, odeur de fumée qui nous prit à la gorge. Que se passait-il ?

La pente s’adoucissait, et notre marche se ralentit d’autant plus que de ce côté de la montagne, et surtout avant l’heure de midi, le vent soufflait très fort du Nord, le vent de la mer. Il nous envoyait de face cette fumée affreuse, aggravant le désagrément de la chaleur.

La cause de cette invasion fumeuse, nous allions, sans tarder, la connaître.

Un de nos amis oranais nous avait avertis, au cours d’une petite conférence sur les mœurs et habitudes des Arabes : « Dans le but de trouver des pâturages pour leurs troupeaux, nous avait-il dit, au lieu de défricher les terres, ils mettent le feu aux brousses : c’est plus commode. En été, quand ces incendies se produisent près des villages, vous jugez de l’état de l’atmosphère alors. C’est à fuir sans regarder derrière soi. »

C’est ce qui était arrivé. Après quelques minutes, en effet, on aperçut non loin de la route, tout là-bas, devant nous, une nuée d’une épaisseur à trancher au couteau ; elle s’élevait en planant au-dessus des brousses et, poussée par le vent, coupait la route. Puis les flammes nous apparurent sur un espace de trente mètres environ ; elles restaient basses, crépitaient violemment, produisant une épaisseur de fumée qui masquait l’horizon.

La chaleur nous arriva apportée par la brise du Nord. Le passage n’allait pas être bien difficile, aucun danger n’existant sur la route envahie seulement par la fumée ; il serait pour le moins original.

On se dit que le moyen le plus naturellement indiqué était de se précipiter en avant, en doublant momentanément notre vitesse, procédé que n’eût pas désavoué l’illustre Monsieur Vieuxbois, héros dont l’habileté suprême consistait, comme système le plus simple pour dépendre un pendu, à couper la corde.

D’ailleurs, précipiter notre marche était d’autant plus commode que la route se trouvait encore en pente assez rapide. On y alla, résolument.