L’un suivant l’autre, on traversa le nuage épais, ce qui fut accompli en quelques secondes, sans aucun dommage pour nos personnes, pas même pour nos gorges pourtant fort endommagées, tant fut rapide cette originale traversée.
C’est à midi trente seulement que nous allions arriver au village de Bourkika, situé, je l’ai dit, au sommet d’un angle droit, presque aigu, formé par la route nationale, qui était la nôtre.
X
A LA RECHERCHE D’UN DÉJEUNER
Le vent des régions sud des jours précédents avait nettement cédé la place au vent du Nord, surtout maintenant que la ligne du Petit Atlas était franchie ; et ce vent, qui avait pris de la force par une malechance insigne, était venu nous briser les jambes juste au moment où, l’estomac étant vide, nous avions au contraire tant besoin d’un aide ; à tel point que, malgré une certaine pente encore descendante, on eut un mal terrible à parcourir les deux derniers kilomètres nous conduisant à Bourkika.
Nos efforts multipliés eurent un bon résultat : au lieu de nous clore l’appétit, ils nous l’excitèrent outre mesure, disposition excellente, d’ailleurs, pour des cyclistes.
Il était exactement midi trente. Bourkika est éloigné de la ligne du chemin de fer ; pas de glace à espérer. C’est un village large et découvert, exposé aux grands vents. Aussitôt arrivés, on chercha une auberge. Mais on eut quelque peine à la découvrir. Alors, avisant un petit café, à l’apparence des plus modestes, on entra.
Une scène que pendant mes précédents voyages je dus plus d’une fois subir, se renouvela ici, mais d’une manière plus inquiétante pour nous.
— Pouvez-vous, dis-je au maître de céans, nous servir rapidement un déjeuner ?
— Impossible. Nous n’avons rien.
— Absolument rien ? Voilà qui est singulier. Eh bien ! ne pourriez-vous nous indiquer un petit hôtel où nous trouverions le nécessaire ?