Le « patron » nous fit alors un geste vague et on s’efforça de suivre la direction indiquée.

On entra dans le petit hôtel. Nous tombions dans un restaurant arabe. Odieux spectacle pour le bon Parisien, arrivé en Algérie comme une bombe. C’était, suivant l’habitude, un amoncellement d’hommes, à burnous sales, debout, assis, couchés, vautrés, dans toutes les postures.

Pas de meubles dans la vaste salle où j’avançai mon nez, tandis que Van Marke, lui, trottinait ailleurs, cherchant à découvrir de quoi satisfaire notre commune fringale. Dans un recoin, quelques Arabes, assis sur leurs talons, grignotaient, et d’autres fredonnaient une scie monotone.

A ce coup d’œil, je reculai, le cœur soulevé ; puis, me ravisant, je demandai à ces Orientaux que ma vue ahurissait : « Un hôtel ? »

L’un d’eux me désigna un nouvel établissement sur lequel étaient écrits, en effet, ces mots significatifs : Hôtel du Nord.

— Voilà notre affaire, pensai-je, en faisant signe à Van Marke que j’aperçus courant d’une maison à l’autre.

On pénétra dans « l’hôtel ». Deux hommes vêtus à l’européenne jouaient aux cartes sur une table carrée. L’intérieur de la pièce : celui d’un petit café de campagne.

— Le propriétaire de l’établissement est-il là ? questionnai-je, en dévisageant les deux personnages qui, à ma vue, se dérangèrent avec la même rapidité que la statue du bon roi Henri IV quand quelque ivrogne égaré sur le Pont-Neuf vient l’inviter à « prendre un verre ».

— C’est moi, se décida pourtant à répondre l’un d’eux.

— Ah ! c’est vous ? eh bien ! pourriez-vous servir un déjeuner pour deux personnes ?