On le laissa à sa stupéfaction. Il était temps de déguerpir.

Ainsi que je l’ai expliqué, nous avions primitivement espéré arriver à Alger ce jour-là, vers cinq heures de l’après-midi, et on nous attendait à cette heure-là, en effet ; mais il était facile de voir que nous ne pouvions y arriver.

Il nous restait encore une trentaine de kilomètres pour Blidah, et de cette ville une cinquantaine pour Alger. Un télégramme prévint les amis que nous serions à Alger vers sept heures. En réalité on ne devait y arriver qu’à huit heures et demie.

XI
BLIDAH, ALGER

L’idée d’arriver le soir dans une grande ville comme Alger, d’y trouver, outre les nombreux amis qui nous y attendaient, tout le confortable de la civilisation contemporaine, suffit amplement à soutenir notre marche, après notre départ de Bourkika.

Tous les villages passèrent vite. Le temps seulement de nous rafraîchir quelque peu, sous les tonnelles ombrageuses de guinguettes où venaient, spectacle éternellement gai, voleter les enfants blancs coiffés de rouge. Voici Amend-el-Aïn, Bou-Roumi, Mouzaïaville ; la campagne était fort belle ici ; on approchait de Blidah l’Enchanteresse.

Comme nous étions loin du sol dénudé du Chéliff ! La route était très large et bonne, un peu dure seulement, parsemée de petites têtes de cailloux, mais peu saillants ; peu de poussière aussi.

Le soleil cependant dardait sérieusement. On passa la merveilleuse région de la Chiffa. Sur notre droite, le pays s’ondulait et apparaissait décoré de verdure. La marche devint pénible ; en effet, le sol allait en pente montante et le vent, continuant à tourner, du Nord avait passé à l’Est.

A cinq heures du soir, Blidah nous apparut dans une corbeille de verdure ; la route avant d’entrer était bordée par les haies vivaces des cactus ; les aloès projetaient leurs feuilles épaisses, sur le devant.

Suivant notre habitude, on s’arrêta pour se restaurer au premier hôtel rencontré dès l’entrée dans la ville. Ce fut un tort. A peine remis en selle, pour traverser Blidah, voici que sur une place où, dans un square central, se dressaient les plantes émerveillantes de cet Orient algérien, plusieurs personnes, faisant entre elles des signes de reconnaissance à notre vue, s’approchèrent de nous.