La façade, donnant sur la route transversale du village, était située en plein Sud ; du côté du Nord, la maison avait deux bâtisses construites en manière de pavillons réunis par une partie du corps principal en saillie, formant ainsi une sorte de hangar regardant le Nord et complètement abrité du soleil.
Sur le devant, un jardin rempli de verdure. Sous le hangar, un puits.
Pendant une quinzaine de minutes, on resta là, jouant avec l’eau que nous sortions du puits, rafraîchis, en outre, par le vent du Nord arrivé jusqu’à nous à travers les feuillages verts ; on s’ébattait comme des enfants, s’inondant les mains, les bras, la face, à jet continu.
Le déjeuner, quoique primitif, fut trouvé délicieux. Notre appétit suppléa à son imperfection.
Par exemple, on souffrit plus que jamais d’une abondance de mouches dont on se ferait difficilement une idée. Elles s’abattaient sur nous par essaims. Les mets ordinaires n’avaient guère le temps d’en souffrir, à cause de la brièveté de leur séjour sur la table ; mais en revanche le fromage et le sucre, servis trop tôt, furent pour moi l’objet d’un véritable dégoût, surtout le second de ces deux aliments.
Souvent, dans les habitations de la campagne française, ces insectes s’abattent sur un objet, par endroits seulement. Ici, quand on chassait ces essaims, à peine la main était-elle retirée qu’ils s’abattaient à nouveau, enveloppant tout d’une grouillante couche noirâtre.
Cet horrible acharnement de ces hordes ailées, qui, patientes et torturantes, revenaient toujours malgré nos gestes réitérés, n’avait d’égale que la prodigieuse persévérance du jeune Belge, mon compagnon, à dire sur un ton, toujours nuancé de la même manière : « Oh ! ces mouches ! »
Il répétait ces mots toutes les vingt secondes, en chassant les nuées, mais le plus fin des observateurs n’eût pas surpris la moindre différence dans sa façon d’articuler son exclamation.
« La patience de ce Belge, me suis-je dit parfois, m’explique la longanimité de sa patrie à l’égard de la Hollande qui, si longtemps, maintint ses voisins sous sa domination. Parbleu ! la Belgique se contentait de dire : « Oh ! cette Hollande ! » et elle supportait le joug en se contentant d’esquisser un beau geste. »
A la fin de notre déjeuner, quelques habitants de Bourkika vinrent nous rendre visite ; il y eut là un grand gaillard d’Arabe, un colosse, qui, planté devant nos machines, semblait avoir vu sous leurs formes la tête de Méduse. Il les regardait, stupéfié.