— Quoi ! reprit-il, sans s’émouvoir, après deux bonnes minutes, j’examinais cette borne.
Elle ne nous renseigne pas, ajouta-t-il aussitôt solennellement, en remontant sur sa machine.
Il fallait bien arriver. On aborda enfin Maison-Carrée, située à quatorze kilomètres d’Alger.
Là, on nous dit que bicyclettes, tandems et triplettes nous avaient attendus depuis trois heures de l’après-midi.
On roula dans la nuit, sur un sol humide d’arrosages, défoncé, embarrassé de rails de tramway.
On croisait constamment des passants, des voitures, on se heurtait à des chiens ; on eût dit qu’ils pullulaient, ces chiens de malheur. Il y en eut tant que, comme jadis dans la Montagne Noire, j’usai du revolver, en visant au hasard. La meute assourdissante se tut un instant, mais pour reprendre bientôt.
Et la route était atroce. Elle est d’ailleurs célèbre pour son état lamentable parmi les cyclistes d’Alger, cette route de Maison-Carrée.
Quelques bicyclettes se joignent à nous.
Quel chemin ! on roulait des rails de tramways dans des amas de cailloux, et inversement des amas de cailloux dans les rails de tramways. Le tandem Berrens, bravement, nous guidait dans cette obscurité souvent trouée de lumières, car les habitations se multipliaient.
On pénétra dans Alger, vers huit heures et demie, au milieu d’un joyeux amas de cyclistes qui attendaient, impatients, depuis cinq heures de l’après-midi, et parmi lesquels le fidèle M. Mallebay, absolument désolé.