On eut, après un lever tardif, le temps d’aller prendre un bain de mer à Mustapha. Puis on visita le Jardin d’Essai, où sont réunies toutes les richesses végétales de l’Orient. L’allée des bananiers et l’allée des bambous nous révélaient toute la magnificence gracieuse de ces arbres auxquels se rattache tant de claire et joyeuse poésie, et que les campagnes de l’Algérie traversées par nous jusqu’alors ne nous avaient pas montrés.
De la verdure, de la verdure, partout, pénétrée de lumière, d’une lumière vive, intense ; au ciel, du bleu, toujours du bleu. Sur les montagnes seulement, là-bas, vers l’Est, vers ces régions où nous allions nous enfuir, quelques nuées de soie rose, frangées d’or.
En présence de tant de splendeurs, on décida de fixer ici le départ. On irait déjeuner à Alger, chez M. Mallebay, qui nous avait servi de guide, et fort aimablement voulut nous garder jusqu’au départ : on ferait prévenir bien vite tous les amis de se trouver au rendez-vous général, près du Jardin d’Essai.
C’est ce qui fut exécuté. A trois heures environ, le plus magnifique escadron de cyclistes se trouvait à l’endroit désigné. Parmi eux, les tandémistes, nos aimables compagnons de la veille, qui devaient nous quitter à Maison-Carrée pour rentrer à Blidah, et trois triplettistes, M. Mayeur, le directeur de la Photo-Revue, qui nous avait si bien accueillis à notre débarquement, madame Mayeur et un champion algérien, bien connu dans la colonie sportive, M. Perrin.
M. Mayeur, un jeune homme, petit, d’aspect malingre, les traits accentués, des poils de barbe clairsemés ; les yeux très vifs et intelligents, et la physionomie sympathique ; un son de voix très peu prononcé, presque éteint, et qui donnait un cachet de distinction à M. Mayeur, dont l’humeur bonne ou mauvaise ne modifiait en rien une physionomie toujours immobile mais toujours avenante.
Madame Mayeur, une fort jolie personne au visage d’une coupe régulière, favorisé par une ampleur de chevelure que lui eût enviée plus d’une Parisienne. Une gaieté constante et une énergie peu commune, comme on le verra sous peu.
Quant à Perrin, le type du champion ; un tout jeune homme, lui, la tête ronde, des épaules larges, un torse formidable ; et comme tout vrai champion, un bon enfant.
Par un soleil radieux, l’escadron se mobilisa et on se mit en route. On devait finir l’étape à Ménerville, à cinquante kilomètres. Naturellement la troupe gaillarde alla très vite. Madame Mayeur et M. Mayeur, qui, au départ, avaient pris des bicyclettes, restèrent légèrement en arrière. Et c’est même alors seulement que M. Mayeur demanda à ce que sa femme prît place sur la triplette, craignant pour elle un train trop rapide. Lui-même céda sa bicyclette au troisième coéquipier pour ne pas quitter madame Mayeur, et à partir de ce moment l’équipe des trois triplettistes, dont j’ai donné l’esquisse, fut constituée.
On roula dans un nuage de poussière. On s’arrêta à Rouïba, très jolie « station cycliste » des environs d’Alger, pour y étancher sa soif.
Bonne humeur, entrain, gaieté franche et débordante, certes, rien ne pouvait manquer en pareille circonstance. Les Arabes, grands et petits, étaient venus s’abattre, comme toujours, autour de nous, et apportaient à l’ensemble la gaieté des couleurs. Les femmes arabes ? Jamais. Rares et voilées, un masque toujours leur coupant la figure, écrasant le nez, laissant voir seulement les yeux et le front.