En effet, M. Mayeur, qui se tenait sur le siège d’arrière, se retournant, nous fit un geste, comme pour nous dire : « Venez vite ! Venez voir ! »

On arriva. Un spectacle, absolument inouï nous attendait.

De l’autre côté de l’immense ravin, tout au fond, une voûte s’était formée dans le roc ; des stalactites en très forte saillie la décoraient ; le sol de cette vaste grotte était plat et au niveau du torrent.

A l’intérieur l’eau ruisselait de partout. Vers le milieu, près de l’ouverture énorme et béante, tournée vers nous, une chute d’eau, mais une chute tombant à pic sur le sol comme dans une salle d’hydrothérapie une pomme d’arrosoir.

Et, grimaçant sous cette voûte, des corps, ressemblant vaguement à des corps humains ; ils étaient une vingtaine pour le moins ; ils gesticulaient, tremblotaient, se tordaient, faisant mille petits sauts convulsifs dans cette excavation inondée, allant, courant, se poussant sous la chute d’eau.

Jamais régiment d’enfants rendus à la liberté après une longue détention, ne s’étaient livrés à une aussi délirante sarabande. C’était un va-et-vient continuel de chacun de ces étranges personnages. Ils ne se lassaient pas de se mouvoir, allant, venant, se poussant sous la douche naturelle. Vingt fois ils recommençaient la même opération. On eût dit que le feu dévorait leurs veines, tant ils semblaient affolés de joie dans cet enveloppement d’eau.

Nous restions là, nous, ahuris, médusés, à cette vue.

Et chacun de leurs gestes était accompagné d’un cri guttural prolongé, déchirant, sorte de cri de rage suraigu. Et cette danse simiesque ne cessait pas, et les cris redoublaient par instants.

Étaient-ce donc là les singes des gorges de Palestro ?

Non ! c’étaient des Arabes et des nègres. Les uns nus, les autres revêtus de vêtements en haillons. Il y avait des femmes aussi. Madame Mayeur et son mari, connaissant depuis longtemps les indigènes, nous l’affirmèrent. Elles s’élançaient sous la douche, toutes vêtues ; puis, faites comme des éponges imbibées d’eau, elles se retiraient, mais pour recommencer ensuite cette refroidissante et fantastique opération.