Ils nous en donnèrent quelques-unes, très peu, quoique avec une amabilité parfaite ; puis, comme nous leur tendions des sous en échange, ils firent d’abord mine de refuser, puis, acceptant l’argent, ils trouvèrent d’autres figues à nous donner. Ils en découvraient autant que nous en pouvions désirer.

On les remercia et la caravane continua sa route. On ne devait pas tarder à la revoir.

Alors, nous, assoiffés et affamés, en possession du seul fruit peut-être capable d’étancher un peu notre soif en satisfaisant momentanément notre faim, nous voici, accroupis sur nos talons, ou couchés, en cercle sur l’accotement, autour du tas de figues, et grignotant.

Étrange repas, bien approprié aux milieux et providentiellement apporté par ces Arabes et leurs chameaux.

Suffisamment reconstitués, on se remit en marche. En quelques instants, on avait rejoint la lente caravane.

La côte venait de commencer, dure. Les interminables lacets apparaissaient, zébrant le flanc Nord de la montagne. C’était peu engageant, et comme notre frugale collation, tout en suffisant à nous reconstituer un peu, n’avait pu nous rendre des forces pour affronter en machine une pareille escalade, on suivit à pied la caravane, entamant un semblant de conversation avec nos bons Arabes.

Ainsi qu’il était à prévoir, ces braves, un peu en défiance au début, devinrent plus familiers. Ils étaient en admiration devant les bicyclettes, mais surtout devant la triplette. La bicyclette, ils semblaient la connaître déjà ; ils en avaient vu, c’était sûr et c’était peu surprenant, car la grande route nationale par nous suivie, bonne comme sol, devait assez fréquemment voir des cyclistes la parcourir ; mais la triplette les émerveillait.

On monta fort longtemps, suivant toujours cette caravane ; madame Mayeur, quoique douée d’une énergie peu commune, les côtes déjà gravies en étaient une preuve, commença à ressentir une certaine fatigue, ou peut-être fut-ce de sa part une simple fantaisie : toujours est-il qu’elle déclara avoir de la peine à supporter cette marche à pied et manifesta le désir de profiter des nouvelles montures mises à notre disposition par un hasard providentiel.

Elle fit part de son idée à un de nos nouveaux compagnons à burnous, qui n’y vit nulle difficulté.

Les Arabes se saisirent donc de sa personne et la hissèrent sur le dos d’un des chameaux, avançant en tête de colonne. Elle alla ainsi, la chevelure au vent, suivant sa coutume, et soumise à ce mouvement de tangage qui doit assurément être insupportable et va, paraît-il, jusqu’à donner parfois le mal de mer à ceux qui n’en ont point l’habitude, mais auquel nul ne peut se soustraire quand une fois on a pris place sur cet animal des déserts aussi bizarre que précieux.