Un Arabe passa. Madame Mayeur lui demanda s’il y avait un gourbi devant nous, vers Bouïra. Rien, pas une hutte en avant de la montagne.

Comment résoudre ce terrible problème sans retourner sur nos pas, et retourner pour ne rien trouver, peut-être !

On souffrait affreusement, surtout à l’idée qu’en raison de la chaîne du Djurdjura, on n’arriverait pas à Bouïra avant une heure de l’après-midi, Bouïra étant situé au pied de la montagne, du côté opposé au nôtre. Tous les cinq, nous étions là, assis, à l’abri du soleil, sous une de ces hautes touffes à tiges tremblotantes.

Soudain, madame Mayeur, qui de temps à autre faisait le guet sur la route, s’écria : « Une caravane ! »

C’était la première. La troupe des chameaux, arrivant de Bou-Haroun sans doute, se dirigeait dans le même sens que nous, vers Bouïra.

Oui, mais auraient-ils, les Arabes, de quoi satisfaire notre faim et notre soif ? On verrait bien. La vue de la caravane toujours nous rendit l’espoir.

Ils avançaient, les chameaux, avec quelle majestueuse lenteur ! Leur vaste cou arrondi et tombant en avant, comme trop lourd, un mouvement rythmique de tout le corps, pareil au navire qui tangue. Tous chargés d’une foule de sacs, ustensiles de toute espèce, et quelques-uns de leurs maîtres. D’autres Arabes marchaient derrière le troupeau.

Mais, avec quelle désespérante lenteur ils avançaient ; ils ne semblaient pas pressés d’aller manger ou boire, ces animaux.

Ils arrivèrent. A la vue de nos machines, posées sur le rebord du chemin, les chameaux ne s’arrêtèrent pas ; ils tournèrent vers nous la tête, montrant leurs lèvres tombantes, dédaigneuses, puis faisant un léger, mais très léger écart, ils reprirent leur marche d’une solennelle, superbe et lente indifférence.

Madame Mayeur interrogea les Arabes sur ce qu’ils possédaient comme matières rafraîchissantes et nutritives. Ils avaient des figues, c’était tout.