Cette idée m’avait été suggérée par un journaliste algérien, M. Mallebay, que le hasard des événements m’avait fait rencontrer à Paris et qui occupe une situation importante dans la presse de la colonie.

Du jour où le projet du voyage fut arrêté, M. Mallebay, directeur non seulement du Vélo algérien, journal spécial comme son titre l’indique, mais du Turco et de la Revue algérienne, se mit en quatre pour préparer l’expédition et nous frayer les voies.

Il lança des avis dans les clubs cyclistes, soit directement, soit par le canal de la presse algérienne. Enfin, cet excellent homme, écrivain fort aimable autant que sportsman passionné, eut une idée originale. Pour nous faire bien venir, dans la mesure du possible, des populations européennes ou arabes, il voulut que ma charge fût faite dans son journal le Turco, journal comique et satirique très populaire et fort répandu en Algérie.

Cette charge fut faite par Assus, un artiste dans l’âme, très apprécié dans la colonie, et je dois reconnaître que jamais je n’avais vu un coup de crayon enlever une « tête » avec cette maëstria. On ne pouvait s’y tromper.

Ce numéro fut plus d’une fois pour nous un auxiliaire précieux.

M. Mallebay, qui s’était si complètement dévoué pour nous, ne se fit pas faute de nous donner, dès le lendemain de notre arrivée, les plus précieux avis.

— Attention à la chaleur, me dit-il. Gare à la traversée de la plaine du Chélif. Je vous avoue même que je ne vous vois pas bien, franchissant ce désert brûlant dans la journée. Jamais vous n’y parviendrez, mes pauvres amis ; c’est impossible, surtout si vous avez le sirocco.

— Vous croyez ? Pourtant je connais les précautions à prendre : je sais ce que c’est que la chaleur à bicyclette. Une traversée de la vieille Castille au mois de juillet 1893 m’en a donné une idée.

— Oh ! mais vous l’aurez plus forte encore, ici, la chaleur, d’autant plus que la saison a été retardée cette année et que septembre nous donne la chaleur du mois d’août.

— Sapristi, pas de chance, alors.