Très vite, les cumulus couleur de suie, entassés et tranchant l’un sur l’autre, s’unifient sur l’horizon, comme fondus en une bande étroite au-dessus de la côte. Puis cette bande couleur de limaille s’agrandit, gagnant dans la masse noire. C’était la pluie qui commençait.

Maintenant, les cataractes tombaient sur Alger.

Derrière nous, le firmament bleu ; devant nous, un immense rideau cendré masquant le ciel et enveloppant la ville d’une brume liquide, zébrée d’éclairs.

L’Eugène-Pereire avait un peu ralenti son allure ; il avançait toujours, marchant vers l’orage. Soudain il entra dans la zone pluvieuse, et la cataracte commença.

Tout le monde se blottit sous les tentes ; mais la pluie violente, brutale, arrivait en gouttes larges et serrées. L’eau ruisselait de partout.

On aborda. L’orage battait son plein.

Au débarqué, sous la cuirasse des parapluies ouverts, des appels nous indiquèrent que les amis étaient là. Belle réception malgré la pluie. Tout avait été préparé à l’avance. On se rendit chez un cycliste algérien, un des amis dévoués qui devaient nous piloter durant notre séjour à Alger ; et, peu de temps après notre débarquement, effectué dans les circonstances assez particulières et inattendues que je viens de rapporter, mon compagnon Van Marke et moi dégustions un délicieux champagne d’honneur.

Le soir de ce 17 septembre nous dormions à l’hôtel de l’Oasis, situé sur le quai, dans une vaste chambre regardant la mer.

II
ALBERT DANS LA KASBAH

Bien que, pour tout cycliste amoureux de tourisme, la traversée de l’Algérie soit un voyage assez naturellement indiqué, je dois fort humblement reconnaître que l’idée d’entreprendre cette expédition n’avait pas été enfantée par mon cerveau en proie pourtant à un perpétuel travail.