Coquelle, lui aussi, d’ailleurs, avait fait le même calcul ; suivant notre marche sur les journaux algériens, il avait dit : « Ils sont ici, là, dans telle ville ; fort bien, ils arriveront tel jour, à telle heure. » Et plus nous étions partis de loin, plus naturellement la joie de nous voir poindre à son horizon l’avait saisi, quand mon télégramme vint le fixer brusquement sur l’heure exacte de notre arrivée.

On partit à sept heures. Et avec nos triplettistes, on chemina tout tranquillement, accompagnés de notre hôte aimable de la veille, M. Collangettes, qui vint jusqu’au village suivant, Oued-Atmenia.

La végétation réapparaissait un peu plus fournie. Les figues de Barbarie tachaient de rouge les bouquets de cactus. Des formes annonçaient les approches de la grande ville. On s’arrêtait souvent pour voir, examiner les alentours, contempler le paysage. On avait le temps. Après Oued-Atmenia, un seul village nous séparait de Constantine, Aïn-Smara. Ils seraient là certainement en avant de ce village.

Le ciel était splendide, la route toute blanche de poussière était bonne pourtant.

Maintenant je n’avais plus qu’une idée : fixer l’horizon pour tâcher de voir poindre un reflet blanc. La diligence de Constantine passa, bondée de voyageurs, des Arabes pour la plupart.

Il était dix heures. Allaient-ils paraître ?

Mais, c’était long, ainsi qu’il arrive toujours quand on attend avec impatience un événement. On se fatiguait le regard à interroger l’horizon.

Tout ce que l’on peut rêver d’émotionnant pour le voyageur, dans les circonstances présentes, allait se produire.

Tandis que la campagne solitaire s’élargissait à nos regards, coupée en deux par la route poussiéreuse tout en longueur comme un serpent qui a déroulé ses replis, tout là-bas, là-bas, devant nous, à l’extrême limite de cette route, sous un ciel étincelant, tel que la pointe de feu qui darde au lever du soleil, un éclat blanc et miroitant perça.

C’étaient eux.