Puis les reflets se multiplièrent et alors on pressa la marche ; et en tête du groupe il apparut, lui, le Parisien. Il dirigeait une triplette, Robert Coquelle, et ce fut la grande joie de se retrouver dans de pareilles et si originales circonstances, la joie des présentations et des serrements de mains, et d’arriver dans la célèbre, rayonnante et joyeuse Constantine.
Il y avait là aussi dans le bataillon M. Molière, le président du club, un cycliste ardent, un apôtre. Tout ce monde épanoui entra dans Constantine, au milieu de l’effervescence tapageuse et du décor multicolore de cette populeuse cité.
Ce furent, comme à Alger et à Oran et partout, de nouvelles preuves de la sympathie qui règne entre les membres de la grande famille cycliste : accueil cordial de tous, réceptions, empressement à nous piloter en tous sens.
On termina la journée à Constantine, dont on admira les dédales, assez semblables, en quelques parties, aux ruelles de la Kasbah. Le célèbre « ravin » du Rhummel, dénomination singulière d’un abîme vertigineux que nulle description ne saurait rendre, on le parcourut dans l’hébétement provoqué en nos personnes par sa contemplation. Quel effroyable événement quand le sol s’entr’ouvrit, laissant une découpure d’abîme d’une forme aussi particulière !
C’est dans cette ville que nous comptions enfin être éclairés sur la route à suivre pour pénétrer en Tunisie. Et c’était d’autant plus urgent que la division de la route se produisait ici.
Si nous devions pénétrer en Tunisie par le Nord, il fallait au sortir de Constantine, se diriger immédiatement sur Bône et encore une fois repasser la montagne ; si, au contraire, nous entrions par le centre, nous devions marcher sur Guelma, puis Soukarras, continuer par conséquent notre voyage directement vers l’Est.
Nos hôtes nombreux discutèrent en notre présence. Ils n’étaient pas d’accord. « Je vous affirme que vous devez aller par le Nord, déclarait l’un ; j’ai entendu parler un jour d’un projet de voyage de Tunis à Bône par la Calle. — Non, c’est par Soukarras qu’il faut aller, répliquait l’autre ; on a construit une route. » Un troisième arrivait pour nous dire : « Plaisanteries que tout cela ; je puis vous affirmer qu’il n’y a pas de route possible ni d’un côté ni de l’autre. Vous ne pénétrerez pas. Vous trouverez des pistes arabes, mais sans aucune indication pour guider votre marche. »
C’était désolant. Enfin, une majorité parut se former pour la route du Nord. « Par exemple, nous dit-on, à Bône, qui est la ville le plus rapprochée de la frontière nord, on vous renseignera catégoriquement ! »
Hélas ! faut-il le dire ? Et pourquoi attendre ? Après avoir repassé la chaîne pour marcher de nouveau vers le littoral, à Bône, quel mauvais sort nous fit accueillir par ces paroles : « Une route par la Calle ? Mais il n’y en a pas ! Il faut que vous retourniez dans le Sud pour entrer en Tunisie par Soukarras ! »
C’était un crochet de 250 kilomètres. Qu’importe ! On voyait l’Algérie !